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19 juin 2008 4 19 /06 /juin /2008 15:11

Rencontre avec la troupe indienne de « Jana Sanskriti »

 

Nous (Caravane Théâtre)  avions découvert la troupe indienne « Jana Sanskriti » au cours d’une rencontre internationale de théâtre de l’opprimé à Massy. Nous l’avions retrouvée ensuite à Rio. « Jana Sanskriti », c’est une magnifique troupe de « Théâtre De l’Opprimé » qui travaille dans le West Bengale (Inde du nord). Comme  cette troupe vivait des temps de grosses difficultés, nous avions décidé de l’aider. Il s’agissait, pour cette troupe, de s’affranchir de tutelles contraignantes et d’acquérir son indépendance. Nous avons proposé, afin d’amener une aide logistique et financière, de faire venir des Français en Inde suivre une formation au Théâtre Forum. Les Français paieraient leur formation comme si elle se déroulait en France et l’argent serait donné à « Jana Sanskriti ». Au cours de cette formation, Sanjoy le directeur de la troupe et moi-même, nous avons créé des spectacles de « Théâtre Forum » et de « Théâtre Images » avec les Français et les Indiens que nous sommes allés jouer dans des villages où Jana  Sanskriti commençait à s’implanter. Nous avons expérimenté l’interculturel. Nous avons pu vérifier qu’il était possible de travailler, de communiquer et d’intervenir pour transformer des situations d’oppression au-delà du langage avec les techniques du « Théâtre De L’Opprimé ».

 

Spectacle à Digambatpur :

 

A la fin su stage, nous décidons de partir jouer les spectacles dans les villages éloignés de Calcutta. Nous mettrons deux jours pour faire les cent cinquante kilomètres qui séparent Calcutta de ce petit village perdu au fond du Bengale.

Nous essuyons durant tout le trajet une mousson énorme qui nous contraint à descendre très souvent du bus pour nous réfugier dans de minuscules villages, dormir un peu n’importe où dans des cabanes de fortune, de petites pièces étroites et moites d’où l’eau ruisselle de partout avec obstination. Nous profitons des moindres éclaircies pour sortir explorer les environs. Etonnés et émerveillés à la fois comme des japonais découvrant Versailles. Tout était nouveau et surprenant : les caniveaux bouchés, les rues débordantes de monde, les murs défraîchis et brillants sous un soleil à chaque fois tout neuf. Le ciel, en ces temps ce mousson  paraît très gros, bizarre, d’un immense gris bleu comme vu à travers une grosse goutte d’eau, un télescope géant.


La mousson cette une bonne mère qui fait renaître la vie, qui abreuve de son eau comme d’un lait nourricier. Après la tétée, la nature comme les hommes semblent repus revivifiés. Les oiseaux rechantent, les gens re sortent des maisons. La rue re s’anime, on rattrape le temps perdu. La peur et l’ennui quitte les abris. L’énergie circule  à nouveau avec les dernières grosses eaux qui s’écoulent de partout. La vie descendue du ciel ranime les silences, elle gronde soudain dans les veines des hommes et les fossés débordant les rizières.



 Nous reprenons  le voyage. Il nous faut traverser une zone insécurisée. Dans cette région , particulièrement, à la sortie de quelques villages, des bandes de malfrats contrôlent le trafic et prélève ses « impôts » IL faut alors payer pour passer. Parfois c’est plus que de l’argent… Attention ! Danger si on vient de retirer de l’argent à la banque ou si on a fait le malin en exhibant ses billets. Le téléphone indien est très performant et vous n’avez pas encore mis les billets dans le porte feuilles que déjà à 50 kilomètres à la ronde « on » est au courant qu’un riche touriste est lâché dans le paysage. Mais « Sanjoy » nous rassure : « Vous ne risquez rien. On ne vous fera aucun mal. Jana Sanskriti est connu et très respecté dans la région ».En effet. On a été stoppé quatre ou cinq fois sans que nous n’ayons quoi que de soit à « donner » à  la douane « volante »

 

Sur la route nous prenons toute sorte de véhicules et voyageons comme des œufs dans le panier de la fermière. Au début comme « œufs mimosa », puis secoués en mayonnaise, écrasés en omelette espagnole, pour finir battus en neige et servis en île flottante…

 

 

Il nous arrive aussi de voyager super confortables, allongés comme des seigneurs sur des plates-formes de bois qu’on accroche ici derrière les vélos, ou bien : trimbalés dans des bus qui trimbalent, secoués, voyagés sur des sacs de riz, contre des sacs de riz, sous des sacs de riz etc. Toujours heureux de l’aventure !

Le plus dur c’est de terminer le voyage, marcher des heures dans la boue collante qui monte jusqu’aux genoux. Quel boulot de lever le pied !  Mais on le savait…On a le privilège de fouler la terre indienne (comme on foule le raisin chez-nous) de malaxer cette terre accueillante comme les potiers de Safi qui préparent la glaise avant de la façonner. On se fabriquait là, une belle part de notre vie et d’incroyables souvenirs. On riait de si bon cœur, avec nos amis indiens de chacune de nos glissades !...

Chemin faisant, on sourit de nos souffrances : si légères à côté de tant de misères rencontrées. « Sima » chante, « Sotho » l’accompagne de quelque instrument imaginé. On s’étire en file indienne comme un « serpent de verre ». Magique ! Dans la fatigue silencieuse et douce. Par contre notre bon docteur, lui, notre courageux docteur souffre en silence : il vint de se claquer un ménisque !

 

En arrivant aux abords du village de Digambatpur auquel on ne croyait plus, Quelques villageois nous attendent rieurs légers : si accueillants ! Alors, on s’installe sous le robinet délicieux. Digambatpur, c’est le village du Bengale Occidental où J.S. a décidé de faire son nid. Il est tout proche du  Bengladesh et de la mer, accroché sur un bras du Gange.




Ici, la beauté du site n’a d’égal que sa rusticité : pas d’eau potable, pas d’électricité, pas de routes mais un terroir authentique et verdoyant.

 

Quelques heures, vers les six heures du soir, lavés, relaxés et choyés comme des invités de marque, nous nous préparons à donner nos spectacles. Le « Théâtre »  est là bas en bordure de la rizière. C’est une petite barrière de bois  faite de branchages entremêlés entourant une battisse au toit pointu recouvert de millier de petites ardoises fragiles. Au loin une forêt où palmiers et eucalyptus mêlent leurs branchages aux vent. .

 

Le soleil se couche entre les arbres, il plonge bientôt sur les rizières verdoyantes ondulant comme un fleuve et s’y noie. Dernière petite lueur que l’eau éteint.

 Arrivent en cortège, précédés de quelques lampes à huiles, les indiens du village, paysans et pêcheurs de crevettes, pieds nus. En tricots de peau relevés sur le ventre, genres de  « polos » délavés par le soleil, pantalons blancs de pyjamas « corsaires » ou simple tissus noués à la taille, avec un de effet de jupettes. Parfois le tissu est passé entre le jambes et pris sur le devant, à la taille, ce qui fait un short sûrement très agréable, ample et souple, parfait pour se déplacer dans la boue des chemins. Il y a aussi de nombreux enfants, des fillettes aux robes surannées, trop petites ou trop grandes, rarement à la taille, ouvertes au col et dans le dos.

IL fait humide, moite et chaud. On transpire toute la fatigue qu’on a marchée.

C’est bruyant. L’air est chargé d’insectes piqueurs et bourdonneurs.

 

Le théâtre est en fait une espèce de grande hutte d’une quinzaine de mètres de diamètres. Ouverte sur les côtés. Entourée d’une petit murette. Assis on y est protégé des intempéries « La hutte » est maintenue par quelques piliers. Le sol est de terre tassée.

Première séquence : La danse des bâtons.  Le spectacle des indiens.

 

La troupe de Jana Sanskriti nous fait la danse des bâtons en signe de bienvenue puis, c’est à notre tour de jouer. On le fait à l’indienne : comme au cirque, on dégage un cercle qui sera notre espace de jeu. On se dispose autour de ce cercle, en première ligne, aux quatre coins du rond ! Et, on n’est pas seul !

Dans cette enceinte de théâtre, il y a maintenant des centaines de spectateurs. Les plus grands sont montés sur la murette, les enfants se sont classés par taille. Assis pour les premiers, à genoux pour la seconde rangée. Des bébés incontrôlés circulent tout nus et « passent » de bras en mains.

Les moyens sont debout, viennent les tout petits dans les bras des mamans ou des papas en troisième position puis pêle-mêle les autres tailles. Certains s’assoient sur la murette. Les plus grands ou les plus timides sont debout, à l’extérieur comme un dernier cercle protecteur et amical.

Entre les plus hautes têtes et le toit de pailles de riz, violet foncé : une bande de ciel de nuit.

 L’histoire : scène d’exposition :

 

La scène se déroule dans une entreprise. Dans un coin du cercle, trois bambous de deux mètres de haut posés sur le sol comme un trépieds symbolise une maison. C’est celle du patron. Il bavarde avec sa femme

Sur le côté opposé, une femme fait un geste répétitif (comme à l’usine) elle est  assise entre deux autres femmes qui semblent travailler elles aussi. Une troisième arrive, sûrement en retard vu le geste du contre maître qui se lève, regarde sa montre et la réprimande violement.

Le patron quitte son domicile et vient s’asseoir sur une natte, au milieu de l’espace scénique.

Dans le coin gauche de la scène, je ne sais pas si vous avez remarqué il y a une seconde maison, entre les trois bambous : une jeune femme et un jeune homme.

Soudain, on entend de violents cris. Un homme s’avance, une atèle en bois à la jambe gauche. Il marche avec difficulté en s’appuyant sur un long bâton. Ca semble être le mari et le père des deux autres comédiens. Il explique son accident il vient d’être renversé par une voiture.  

La femme catastrophée, nous explique par des gestes simples qu’elle se demande comment la famille pourrait s’en sortir sans le salaire du mari.

Bien sûr il n’est pas question que le fils quitte son école.

Alors, elle se propose d’aller chercher du travail.

La voilà devant notre contremaître.

Après l’avoir, écouté, regardée, dévisagée, inspectée, examinée, soupesée et évaluée, notre homme  va trouver le patron.

« Comment est-elle ?» demande-t-il ? Et il mime très clairement les « arguments » que devrait avoir la jeune femme si elle espère être embauchée. Elle est embauchée.

Le patron la convoque dans son bureau, il lui propose à boire. Essaie de lui caresser les cheveux. Elle se résiste. Il la poursuit. Et comme elle refuse toutes ses avances,  il la renvoie travailler. On devine à ses regards qu’il ne la gardera pas.

 

La jeune femme explique à ses collègues comment elle a été agressée par le patron.

Toutes la repoussent. (Elles se détournent physiquement d’elle)

La cloche sonne. C’est la fin de la journée. Les ouvrières quittent l’usine. Le contremaître vient signifier à la dernière employée que si elle ne se soumet pas au patron elle sera renvoyée

Le jeu entre le contremaître  et le patron et le regard qu’ils lancent tout deux en direction de la femme, ne laissent aucun doute sur l’issue de l’histoire
La jeune femme qui veut travailler mais qui refuse les avances de son patron tend les bras et ouvre les mains en direction des spectateurs. Elle referme les mains en signe de prière puis elle r’ouvre les bras pour demander de l’aide.

 Fin de la première partie.  Place aux remplacements.


 
Sima est le joker de l’interactivité. Elle questionne le public en bengali. Elle propose aux spectateurs de venir aider la jeune femme en la remplaçant et en jouant à sa place leurs solutions..

 

  Une vieille vielle petite bonne femme d’indienne en sari blanc (style Mère Térésa) sort du public. Elle prend l’écharpe que portait la jeune femme opprimée (en signe de remplacement)

et va s’asseoir au milieu (de la piste) près du patron. Quand celui-ci lui propose un verre elle le refuse clairement, se relève, désigne le sol de son doigt impératif et prend un visage sévère et déterminé : « Pose ton verre à terre et ne refais plus jamais ça ! ». Après,  elle lui tint tout un discours (qu’on ne comprend pas)

Les spectateurs se marrent !

  Une jeune femme  sort du public à son tour. Elle se met à genoux devant le patron. Et fait le geste de la prière. Le suppliant de l’embaucher. Le priant comme si c’était son dieu…

Elle lui baise les pieds. Lui, perdu ne sait plus que faire.
Les français rient.
Le public indien applaudit.

  Une femme se met avec les ouvrières, prend la place de l’une d’elle.

Quand l’opprimé de retour de son entrevue avec le patron vient la trouver pour requérir son aide, elle se lève, essaie, sans succès d’entraîner les autres ouvrières. Elle va se planter devant le patron qu’elle invite d’un geste autoritaire à se lever et lui « parle du pays » Elle essaie de le sensibiliser à la situation désespérée de cette famille.

Elle lui dit qu’il le tire son argent des travailleurs.

Comme ce patron ne semble rien entendre, elle se retourne vers la comédienne opprimée (dont elle a pris la place) et lui tient un discours moralisateur. Elle lui donne des conseils pleins de « pêche » (dont la comédienne ne peut pas ne pas retenir l’aspect rebelle, frondeur, tenace et déterminé)

 Et le public commence à s’échauffer (après s’être bien chauffé…) 

Note : Sima le personnage « Joker » parle très mal l’anglais. Les traductions qu’elle fait parfois de ce que disent les acteurs indiens ne sont pas compréhensibles. Pour comprendre ce qui se passe du côté indien, pour improviser, les comédiens français se baseront davantage sur les intentions qu’ils devinent, sur leurs intuitions, sur le langage non verbal et l’énergie qui sous-tendent les mots, sur de la mélodie des phrases plus que sur leur sens.

De plus Christian qui joue le rôle du patron oppresseur, lui-même (et d’autres acteurs)  parle peu l’anglais et pour moi ce n’est pas si pratique de traduire une traduction et faire les aller retours continuels. On reste donc sur l’intuition et l’inter culture. L’important c’est que ça marche !

 

Une autre jeune et belle femme sari vert pomme, Tilak au front les yeux passés au « col » un léger maquillage… (Malicieuse, elle sourit de temps en temps sur elle-même ou sur le bel effet qu’elle prépare) se met devant le contremaître puis devant le patron les défiant du regard.

 

Une autre va secouer le fils pour qu’il aille lui-même travailler

Enfin un homme prend la place de l’opprimée (ça rigole de partout). Comme il ne peut pas se faire entendre de Christian le patron, il s’adresse aux autres spectateurs pour trouver de l’aide. Les spectateurs tout excités s’en mêlent dans un brouhaha indescriptible

 Mais malin il attend patiemment que les comédiens poursuivent l’histoire comme si de rien n’était. Quand arrive la femme du patron, il la prend par le bras et (on le devine)  lui explique la situation. Le patron se fait alors rosser par la patronne sous les applaudissements du public, du joker et des tous les autres spectateurs.

 Le forum  bat son plein, les acteurs tout comme les spectateurs se libèrent.

Quand Christian est tout à fait perdu, les français lui lancent des  « …vire le !....colle-lui z’en une…t’es un véritable enfoiré comme mec…alors, t’a pas honte !...tu fais ça parce qu’elle ne peut pas comprendre…raciste .Tu fais le malin devant les faibles …etc. »

Je pense que les indiens doivent faire la même chose !

  Un autre homme remplace la femme : il (elle)  parvient à mobiliser les autres ouvrières sur son sort. Elles vont toutes ensemble « faire la fête au patron » C’est un déchaînement ! Tout le monde se défoule. Haro sur le patron ! Cette allégresse générale démoralise Christian qui (vraiment) s’effondre par terre « J’en ai mare » Dit-il !

Et là on commence à découvrir la véritable histoire : l’une des ouvrière est la maîtresse du patron, l’autre est une bonne copine à sa femme, le contremaître  touche des bakchichs pour les embauches etc.

 Ah ! Le forum, on y explore toutes les situations, même celles auxquelles on ne pensait pas. L’interculturel ! Quelle énergie communicative ! Quelle poésie se dégage des incompréhensions ! Pas besoin de mots, le langage du corps, les expressions du visage, les déplacements, la lenteur ou la rapidité des gestuelles, la force ou la faiblesse des intentions etc. tout ça aide à la compréhension. On atteint au langage universel : pas de barrière pour la communication, l’entraide, la solidarité. Comment on s’extrait des histoires et des malheurs quand on ne rendre pas dans les détails qui font qu’on projette et qu’on s’englue dans sa propre histoire !!! On prend de la hauteur !!! On prend de la distance !!! On voit le fond, pas uniquement la forme. La forme n’est là que pour révèler les enjeux.

 

Troisième partie : le défoulement :

 

Un homme prend la place de la femme du patron. Il le battra à mort sous les hourra de la foule on se croirait dans les arènes romaines. Pour un peu on tournerait le pousse vers le sol pour mettre à mort ! Une vraie correction. C’est un peu tirer sur l’ambulance ou bien achever le blessé…et ça dure…ça dure

 

Un autre homme remplace la femme et c’est elle (lui) qui va sans qu’on ne lui demande rien trouver  chaque ouvrière pour leur demander si elles n’auraient pas de problèmes avec son mari. C’est qu’on deviendrait méfiant dans la famille !...

Cela se re termine par une re mise à mort de la bête !

Puis ce sera une intervention policière

Le mari qu’on avait abandonné dans cette histoire viendra lui aussi se faire justice.

Epilogue

 Le jour se cache peu à peu. Nous ne sommes bientôt plus éclairés que par quelques lampes à huile. Faibles lueurs vacillantes. La nuit tombe, sur le théâtre, solide comme du béton. Elle pèse sur nos épaules et sur nos têtes. Les enfants excités se calment.

Paradoxalement les yeux  des uns et des autres s’ouvrent à l’intelligence de l’inter culturel au bonheur de se comprendre. L’effort et la tension de comprendre puis de lâcher l’intellect nous réunissent. Nos corps se rapprochent. Les souffles se mélangent maintenant. Nous ne sommes plus des français et des indiens côte à côte mais des Êtres unis par la magie de ce « Théâtre » : qui n’est pas tout à fait que du théâtre  mais plus du bonheur à  vivre l’instant, à nous pousser à imaginer, tous ensemble, notre meilleur futur.

 

On reste là deux jours à jouer, communiquer, découvrir cette vie fascinante des « pêcheurs-paysans-comédiens » Quand au milieu d’une nuit sur chauffante, dardar il nous faut lever le camps : il paraît q’un ouragan menace. C’est vrai que le ciel est très sombre, sans la moindre étoile, balayée par le vent super violent. Nous montons sur une étrange embarcation, une espèce de barque très plate et longue, de celles qui servent à la pêche par ici.

Passer du rivage à l’eau nous  prend un certain temps et quelques frayeurs. On est une vingtaine à devoir prendre place là où dix personnes suffiraient à faire chavirer l’engin. A chaque monté la fragile embarcation balance et menace de chavirer. Il faut tester lentement l’équilibre au ralenti, marcher léger, avancer prudemment : danser sur l’eau. Le plus  risqué c’est d’y installer les 110 kilos de notre bon docteur.

Puis miracle, on s’est écarté du bord ! La barque glisse sur l’eau. Ça y est : on flotte sur un Le Gange.

Au devant de la barque un indien sonde le fond avec une corde lestée d’une grosse pierre, guidant la trajectoire de la barque. Rament quatre rameurs. Au milieu du fleuve et du silence, une voix soulève un petit chant de nuit, léger comme un voile. Chanson langoureuse qui calme l’angoisse de chavirer, d’être emportés au loin, vers la mer.

 On est là « sous les étoiles exactement » mais on se sent davantage au fond de l’encrier… et la tornade qui menace !...

 On n’a qu’une seule lumière ! Une seule, celle que l’homme à la corde a installée à ses côtés pour guider le bateau


Une heure plus tard  « Terre ! Terre ! »  
c’est la délivrance !!!
C’est comme si on venait de découvrir  l’Amérique 
En fait, c’était bien mieux que ça ! 
 Et on le savait tous.

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14 juin 2008 6 14 /06 /juin /2008 10:45

 

"Traverser la rue des autres...."


Vers la fin de chaque « rencontre autour du personnage du clown » Nous sortons Indiens et Français avec nos nez et nos habits de clown à la rencontre de la vie et de la population locale

 

   Dans les rues au café « Kiran » et jardin public.

 Les clowns sortent du théâtre en processionnant les uns derrière les autres.

Bientôt ils abordent la rue et se séparent. Les uns sortent en famille, papa maman et les deux petits. D’autres en bande de japonais disciplinés, appareil photo à a ceinture, caméra à l’épaule, traducteur à balais aux oreilles, suivent le guide. S’extasient à la demande. Prennent des lanternes pour des vessies et le défilé des vélos taxis pour une course de chars.

Là c’est un couple franco indien et d’autres individualités, électrons libres à la découverte de la ville.

Les gens commencent à s’assembler en foule de plus en plus compacte.

Arrive une voiture de police. Une Clowne se penche dans la voiture, par la vitre ouverte. Saisissant l’incompréhension des policiers, son amie lui tend son gros  téléphone rouge

(Un vrai, avec un vrai fil de téléphone, comme celui de  la maison)

On arrive devant le musée, sur un grand rond point. La circulation ralentit puis se fige. Les voitures au garde à vous nous laissent le passage.

Notre famille Clowne est suivie par trois petites mendiantes. Les clowns se retournent et saluent les trois enfants de quelques profondes courbettes, jusqu’à toucher terre. Les gaminent surprises s’enfuient en riant. Elles reviennent au bout de quelques minutes,

 Pépito et deux jolies clownettes s’en vont faire la manche  avec elles. Ils se feront quelques roupies en faisant des « tours de magie » pour de riches promeneurs.


Mis pétunia aide un mendiant à se faire quelques sous en suppliant les promeneurs de mettre une roupie dans la petite casserole où ami promenait la photo de son dieu préféré.

  Faut dire que Pépito avait mis sa plus belle jupe, la rose, sur ses pantalons de cirque vert mandarine, il s’était fait une énorme paire de moustaches que n’auraient pas osé arborer le plus macho des râjasthâni. Il portait beau un gilet de sauvetage trop court, un nœud papillon énorme sur son tee-shirt échancré et sous son béret vert fièrement penché sur l’oreille gauche, un kéfir blanc et rouge noué vers l’arrière en queue de cheval. Il portait autour du cou un tuyau de douche avec son pommeau qui pendait  à l’extrémité Bref de quoi s’émerveiller !

Elisabeth, elle, belle grande brune aux yeux de charbon noir, un bout de rideau vert pomme dans les cheveux, collants noirs (ajourés s’il vous plaît !) sous une jupe à volants, prise au dessus de la poitrine, Droite dans ses Santiag, elle poursuit de ses sourires un jeune indien à lunettes,  tout gris, tout timide et  tout bienheureux.

 Il faut savoir qu’en Inde on ne se tient pas par la main, même fiancé, ce n’est pas correct, on ne s’embrasse pas,  surtout pas ! Ce n’est pas permis par la culture ! Et même si on pouvait se permettre quelques attentions entre hommes et femmes, jamais une jeune fille ne pourrait se permettre de faire des avances à un garçon ! Alors, pourquoi est-ce que ça marche et que c’est possible quand c’est une Clowne qui se « déclare » ouvertement et en public en plus ?!

 Elle tente de le séduire en soufflant dans  son petit trombone miniature, mais en vain

 Elle abandonnera la partie quand un marchand de cigarettes lui demande de l’aider à vendre sa marchandise. La musique montrera là une bien meilleure efficacité. C’est le marchand lui-même qui s’était permis de l’appeler ! (Est-ce que c’est bien à la Clowne qu’il s’est permis de s’adresser ?!.. à l’Etrangère ?!... à la Rigolote ?!A qui ?)

  Lala prend d’asseau un vélo et s’improvise driver pour dames.

Ce qui s’est passé durant cette heure de déambulation :

Les clowns ont essayé tous les moyens de locomotions rencontrés sur les deux ou trois kilomètres de l’aller retour du théâtre au jardin public. Une charrette tirée par un âne, un vélo taxi,

Ils ont aidé une vieille femme à porter son sac d’herbe.



Un jeune handicapé à faire avancer son fauteuil roulant.

Vendu des glaces et des cigarettes
Fait la manche etc.

 un autre jour suite 


 
Au café du jardin. Quand les clowns s’assoient pour la pose coca, c’est toujours un attroupement qui se forma autour d’eux. La population vient assister au spectacle que ne manquent pas de donner les »artistes »

 Parfois, quand un clown solitaire passe par là,  il se répand un grand silence,  le monde se fige, le temps se suspend, on attend l’événement. Qu’est ce que cet étrange personnage est donc venu faire ici. Et là c’est le vrai miracle du clown. Ce qu’il va faire prend tout à coup un sens énorme, tout peut advenir. C’est la véritable fonction du spectacle, éclairer d’un coup de projecteur un petit coin du monde, pour comprendre le sens du « Tout ».


Le pouvoir du clown, dès ce moment là et pour un petit instant seulement est immense. Il est au centre de l’univers et le public est suspendu à ce qu’il peut révéler.
Qu’est-ce qu’il fait ?

Il peut se contenter de faire une grosse farce.

IL peut prendre toute la lumière sur lui pour son propre salut.

Il peut créer du sens : prendre la main du petit mendiant et l’accompagner dans ses sourires, retrouver sa maman dans la foule, cueillir une fleur dans le pot de roses et la mettre en boutonnière

Trois clowns, tel les daltons indiens dévorent à dix mètres de distance les « samosas »   du boulanger. Ça a l’air tellement bon  qu’on  pourrait les accuser de grivèlerie  Et c’est tellement  savoureux qu’ils s’en excusent auprès du vendeur. Je remarque que, sans faire exprès ils se sont coiffé de bonnets l’un bleu l’autre blanc et rouge pour le dernier.

Ils sont magnifiques et drapeau français!

 

Pankash la jeune indienne et Sophie fondent dans les bras accueillants d’une dame plantureuse et souriante. Elles viennent de se trouver une maman. Elles en reçoivent toutes les caresses et les baisers qu’elles sollicitent. Maman adoptive les serre contre sa poitrine. Un photographe s’approche et toutes les trois posent avec un large sourire.

Voilà un fort  moment  d’émotion pour les personnes qui jouent les clowns. On voit bien qu’il n’y a aucune tricherie chez les clownettes comme chez la « dame » qui fait la maman. Les bises sont de vrais baisers, Les trois visages et les corps enlacés expriment une joie profonde et vraie.

Une jeune française dans les bras d’une femme indienne qu’elle ne connaît que depuis quelques secondes. Une attention fraternelle et délicate de la Clownette indienne qui demande par geste à sa « nouvelle » maman de ne pas oublier de donner un baiser à sa soeur. Une femme indienne d’âge mûr qui joue , dans un lieu public très fréquenté, devant ses compatriotes et sa vrai famille à adopter sur le champs et avec autant de générosité, deux jeunes enfants inconnues 

Qui peut réaliser un tel miracle ?  Si non : Les clowns !?



 
   La clownette Lolita, le paysan et la jeune veuve

  Au cours d’un voyage nous nous sommes arrêtés dans une campagne près de Jaipur. Lolita, dans le bus   s’était habillée en indienne, penjâbi jaune et foulard rose, des claquettes aux pieds. On croise un bonhomme d’indien d’un âge bien certain qui dévisage lolita, la suit dans sa promenade  et semble lui porter un grand intérêt. Lolita s’en aperçoit, jauge notre homme pour reconnaître ses intentions. L’homme lui parut normal, simple  et très sympathique. Après quelques instants d’approche, notre bonhomme apprivoisé est prêt à jouer avec elle. Elle le précède, nettoie le chemin devant ses pas, lui chasse les moustique, écarte les branches et les gêneurs. Lui sert de guide et de dame de compagnie. L’homme s’en amuse. Elle se met en miroir avec lui et tout deux passent quelques minutes à se lisser et à se friser les moustaches, imaginaires pour Lolita. Ils s’amusent tout deux à se faire des clins d’œil, ils s’amusent à jouer ensemble.


Plus tard et dans un autre village, Lolita est invitée à prendre le thé dans une maison. Une jeune femme va se prendre d’amitié pour elle. Elle sort sa machine à coudre qu’elle enveloppe soigneusement dans un linge et lu montre comment on s’en sert. Puis elle  l’entraîne dans un recoin de la pièce qui lui sert de salon, jusque près d’un foyer, un simple trou creusé à même le sol, qui lui sert de cuisinière. Là elle lui apprend à préparer le thé.

Leur amitié toute aussi instantanée que profonde les fait glisser petit à petit dans une incroyable intimité.



La jeune femme lui raconte sa vie, ses malheurs, sort la photo de son mari, qu’elle cachait dans une veille boîte en carton qu’elle cachait dans sa chambre. Elle lui raconte que son mari est mort d’un accident de mobylette deux années auparavant. Que la vie est dure sans lui, que le petit le réclame encore et qu’elle ne sait plus comment vivre ni comment faire avec tout ça. C’est touchant de les voir si proches, complices jusqu’à l’émotion, elles qui ne se connaissaient pas une heure auparavant !

 

 (Jean Pierre Besnard)

 

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13 juin 2008 5 13 /06 /juin /2008 09:17

Voyager, c’est  le plus souvent de partir qu’on revient, de trop rester qu’on part.

 

Le centre de formation « Théâtre sans frontières » organisait un stage de dix mois réunissant des comédiens, des formateurs, psychologues et orthophonistes

Utilisant le théâtre comme moyen de dynamisation et de restructuration de la personnalité, le pari de cette action était, dans le cadre du « crédit formation individualisé », d’apprendre à un groupe d’une quinzaine de jeunes illettrés, à lire et à écrire, (C.F.I.)

Pour cela, nous créons un spectacle original qui puisse servir de support au travail d’acquisition de la lecture et de l’écriture. En plus de cette création, à mi-parcours de la formation, nous organisons une tournée. C’était en août 89.

 

Nous avions beaucoup chanté ! Et même écrit une chanson de fond pour ce spectacle : «L’étranger».

 

« D’où nous arrivait-il

Avec sa gueule d’étranger

De quel pays trop sec

De désert et de guerre..

D’où nous arrivait-il

Belle gueule d’étain

De quel pays sans âme ?..

 

Et quel était ce jour ?

Et comment le maudire ?

L’hiver était alors

D’un bleu qui tranchait l’ombre

Déjà comme un printemps …..

 

Je crois me rappeler

Qu’il y avait du vent

Quand il passa le pont….

 

Jeunes en difficultés, chômeurs, délinquants, illettrés… de galère en survivances, d’enfances inavouables en horizons bouchés, en échec de partout, corps et âmes entre déchirures et arrachements, à force de se trimballer cette gueule de travers ou ce corps de trop bronzé, il fallait s’en aller. Comme une dernière chance. Amarres larguées pour largués…

 

Une fois, nos amusements désolés quand, d’un voyage en voiture, nous avons découvert que l’illettrisme, ce n’est pas seulement avoir dé-su lire-écrire les mots:

            — Alors ici on est où ? C’est l’Ariège ou la campagne ?

            — C’est la montagne en Ariège.

            — Mais alors, c’est l’Ariège ou la montagne ?...

            Quand de toute son enfance, on n’est pas sorti du foyer d’accueil, à Toulouse Ville, que certains ne connaissent pas le nom de leur père, qu’aucun ne sait le nom de ses quatre grands-parents…

 

D’ailleurs pour la plupart qui n’avaient jamais pris le train, jamais campé de leur vie, jamais vécu en groupe, l’Ariège, à deux cents kilomètres de Toulouse, c’était la grande aventure.

 

Comment trouver sa place ? Elle est loin d’être donnée d’avance. Mais «Si tu cherches…»  ce sera le nom de leur spectacle. Dans une galère sans nom pour monter leur tente, ils se sont acharnés et ça a fini par marcher. Normal qu’à la dernière minute, quand il a fallu présenter le spectacle et trouver sur le champ un nom pour la troupe leur choix unanime fut: «Jeunes sans frontières». L’identité du groupe s’est découverte le jour de la première, comme une filiation re-trouvée.

 

Découvrir les frontières et l’association «Jeunes sans frontières». Justement, est-ce moi qui la véhicule si fort qu’ils l’entendent à chacun de nos voyages, cette question dé-routante, dé-bordante ?

 

Immigrés comme eux, exilés de nos racines comme de nos devenirs, où trouver notre place? Sans patrie, sans attaches, sans références, sans bornes, mais sans limites et sans interdits aussi…?

Alors, tout est possible? J’ai le droit!

Et si je ne l’ai pas, je le prends !

 

Alors très vite, besoin d’un cadre à se construire, sinon c’est la folie. Et c’est Farida qui peut se permettre de lâcher le spectacle à deux minutes du début, s’octroyant du même coup un pouvoir infini. Et les shoots en plein stage, l’alcool juste avant de jouer et le vol des copains. Et ce quelque chose qui n’a pas dû passer, qui  ne s’est pas résolu, comme « l’interdit de l’inceste », ou le « tu ne tueras point ».

 

Des bases branlantes pour une éthique effilochée… Et puis pour certains, cette perte de repères qui va jusqu’à l’insupportable, visites de grottes préhistoriques, ils ne savaient même pas que ça pouvait exister.

Et là, émerveillement, découverte… Et puis ces questions :

            — « Mais où sont les bistrots ? »

            — «  C’est quoi ce pays ? ».

Et puis ces envies et ces affirmations de soi :

            — «  Je préfère rester à la buvette. »

            — « J’aime pas la campagne. »

 

C’est le voyage dans le miroir … l’image de soi…

 

Cela peut paraître banal, mais la problématique centrale de ces bandes de jeunes était  la question de leur identité : Identité sexuelle, parentale, nominale : qui suis-je? Ou plutôt : Qui ai-je la place d’être, dans ma peau, dans mon look? C’est quand la costumière a commencé à intervenir dans le stage, qu’ils ont déchaîné les plus odieuses insultes, réaction de rejet effarante quand on a voulu toucher à l’enveloppe, ce qui vous cache découvre, voile dévoile…

 

Alors le voyage, c’est peut-être découvrir des lieux, des choses matérielles inconnues, mais c’est surtout un voyage intérieur vers sa propre identité, et, au-delà, des liens qu’on tisse avec l’autre, dans et hors du groupe.

 

Le voyage est un miroir…

 

C’est comme quand tu vas boire à la rivière, tu bois, mais tu te vois. Tu vois ton reflet dans l’eau et pourtant tu n’étais venu que pour boire. Chaque spectacle est un miroir…

 

D’ailleurs, en tournée, la première des choses que nous avons faites, ce fût d’acheter un miroir pour chacun. Pour se maquiller certes, mais les maquillages, miroirs dans le miroir, reflétaient l’évolution des jeunes. Les maquillages ont beaucoup bougé du soir de la première à la fin de la tournée.

 

 …Les « scènes » hors la scène…

 

Christian : Putain y’a plus de noir pour les yeux, vous faites chier ! Vous avez tout pris ! Merde ! J’arrive pas à passer le blanc ! Jean Pierre, tu m’aides?...Non, pas comme ça !  C’est pas ça que je veux !

Jean Pierre : Dépêche toi Christian, on commence dans dix minutes ! T’as pas encore ton costume ?! On n’attend que toi ! 

Christian : Maquillé comme ça. Moi, je joue pas ! 

Jean Pierre : C’est très bien comme ça, allez viens ! 

Christian : Non j’te dis, comme ça je joue pas !

Michel intervient : Si tu veux pas jouer, on se débrouillera sans toi. Personne n’est irremplaçable.…et Christian a joué.

 

Le lendemain.

Christian : J’ai besoin que quelqu’un m’aide à me préparer, je sais que ça fait gamin, mais, pour le moment, j’en ai besoin. Hier  j’ai fait ma crise. Il faut bien que vous m’aidiez à ce que j’accepte de me débrouiller tout seul. 

C’est difficile le maquillage. On est seul avec son double, les yeux dans les yeux, à chercher, allez savoir, quelle ressemblance.

 

Le miroir, c’est l’écran, et pas de Rambo providentiel qui surgirait de  l’autre côté, pas de héros à fantasmer. Et toutes ces cicatrices à cacher, ces blessures qui me renvoient cruellement à mon histoire. Mon histoire que je cherche à fuir depuis si longtemps. J’ai besoin d’une autre main, une main plus sûre qui m’aide à gommer tout ça.

 

Plus tard Christian se fera aider par quelqu’un d’étranger à l’aventure, et il jurera qu’il se maquillera tout seul la prochaine fois. La chirurgie du crayon et de la poudre de riz...

 

...Un voyage initiatique vers une re...mise au monde.

 

L’évolution du maquillage, c’est l’évolution du rapport aux autres, de l’image que je projette pour ou contre les autres. Ce fût très fort qu’ils finirent par accepter de toucher à leur image, de la transformer, de la déformer. Surtout si on se souvient qu’au début certains étaient dans le refus comme Rachid qui refusait tout costume, tout maquillage. Même le «kimono-blanc-tenue-de-travail-pour-tous». Page blanche sur laquelle ils allaient écrire tous leurs possibles.

 

Mourad s’était enfermé dans sa propre image. Impossible pour lui d’imaginer qu’il pourrait être quelqu’un d’autre, ne serait-ce que l’espace d’un jeu. D’autres, trop prompts à toujours changer de registre, ne parvenaient pas à arrêter un choix. Tous ont fini par trouver une place, une peau, comme un terrain d’entente avec eux-mêmes.

 

...Partir c’est nourrir un peu…

 

Et cette place à se faire dans la communauté des autres, quand on débarquait pour offrir le spectacle, dans les colos ou dans les villages-vacances : on était là, mais parfois il y avait un os lorsque nous donnions le spectacle en échange d’un accueil ; je me rappelle, la première soirée où des hôtes bien-pensants, contraints de nous nourrir, nous firent l’insulte de dresser nos tables en dehors de l’enceinte de la fête et nous servirent de la saucisse de porc quand tous les autres résidents du camp avaient les côtelettes d’agneau qui nous passaient sous le nez.

 

Nous les animateurs, accompagnatrices, éducateurs, metteurs en scène, papas et maman de tous, nous étions peut-être les seuls à mal le vivre. D’ailleurs, pour eux, ce n’était qu’une répétition, une habitude, une malédiction, une « maudissure » depuis toujours fatalisée. Tant pis, on mangera des tomates et du pain ce soir. Comme ils ont été nobles, ce soir-là, de donner le meilleur d’eux-mêmes dans le spectacle, eux qui avaient si peu reçu.

 

Voyager c’est reposer la question essentielle, celle de la survie. On se confronte à des réalités élémentaires. On arrive en camping sans lampe de poche, sans affaires pour la pluie, sans même un sac de couchage. C’est comme cela qu’au début, beaucoup d’entre eux se sont laissés porter et nourrir par le groupe. Une consommation boulimique de maquillage, du matériel collectif qui disparaissait…

Qui vole-t-on là ? Suis-je à ce point mon propre étranger ?

 

…Voyage dans l’urgence… à la découverte des enjeux…

 

Parfois, on a le sentiment qu’il faut les surveiller comme le lait sur le feu et pourtant, quand le plus grave arrive, ils assurent comme jamais. Installation du matériel. Le lecteur laser ne marche pas… Panique. Pour nous. Eux, ne semblent pas concernés par le problème. Ils se promènent tranquilles, balancent des pétards dans la rue, déclenchent une sonnerie d’incendie, tout pour se faire remarquer. Nous, les adultes, on se consacre à la réparation du matériel. Enfin on y parvient. En plein spectacle, un orage. Tout saute. La technique ne se remet en marche que lorsque les éclairs se calment un peu. Les éclairages et la musique sautent régulièrement. Qu’importe, ils font très bien.

                                                                        

Le comité des fêtes qui nous recevait, ne retiendra de leur passage que des images de désordre. On nous priera en partant de ne plus jamais les solliciter. Les pétards et les sirènes qu’ils ont déclanchés compteront plus que l’orage apprivoisé, le contrat tenu et le spectacle joué envers et contre tout.

 

Et lorsque Alphonse nous quitte, suite au décès d’un proche parent, et qu’Alain, un formateur, le remplace, tant bien que mal, qui ne dira pas tout à fait le même texte, qui ne se placera pas sur scène à l’endroit ou il faut ; si certains s’en trouvent désarçonnés, et on le serait à moins, d’autres se donnent le plaisir d’improviser avec une incroyable justesse.

Bien dans son personnage, et, sans se décaler d’un pouce, Jalil en profite même pour utiliser l’anomalie et laisser voir un espace de lui encore plus vrai qu’avant. Instants magiques où, d’un apparent désordre, peut naître le plus merveilleux d’une vie.

...Le spectacle comme monnaie d’échange...

 

Et qu’est-ce que je suis ? Et qu’est-ce que j’ai ? Moi qui ne possède rien ?

 

A peine le pouce à lever pour faire le voyage et pas même un ticket de bus en poche. Et puis, me retrouver à quelques vingt kilomètres de chez moi, devant un public qui me nourrit, devant des yeux fascinés qui répondent à mes jeux. Et après le spectacle, ces enfants dans mes bras, ces hommes qui me parlent, à moi qui sait à peine… Et plus tard, le repas offert, le moteur du bus qui ronronne, autant de cadeaux que je ne comprends pas… Mais si, j’ai donné un spectacle… votre cœur en échange… Et dans le regard des gens qui me questionnent, je sais quel voyage on vient de faire ensemble….

 

Quel voyage on vient de faire les uns dans les autres… Les petits viennent tremper leurs doigts dans les pots encore ouverts de nos maquillages, moi, encore plein de traces, j’emporte sur mes joues un peu de mon personnage, et, sortant de la salle, je sais que nous entrons dans cette nuit qui ouvre sur d’autres rencontres.

 

Le voyage continue.

 Le voyage prolonge le voyage.

 Le rêve élargit le rêve.

 

Et le retour : vers quels départs ? En septembre nous avons remisé les paillettes et repris le travail sérieux. A l’escale, premier bilan:

 

Lydia fait vingt-huit fautes de moins qu’avant de partir en tournée. Pourtant nous n’avons pas travaillé l’orthographe pendant cette période.

 

Yamina, vingt-quatre ans, et Driss, dix-neuf ans tous deux fuyant un avenir tracé par les parents, quittent leur foyer respectif, coupent le cordon et prennent leur envol, ensemble.

 

Christian a décidé de passer un BAFA pour être animateur auprès des jeunes enfants. Ahmed qui s’est occupé des éclairages tout au long de la tournée, s’est trouvé  un projet professionnel : il sera électricien.

 

Jalil  et Abderaman veulent, à tout prix, devenir comédiens.

Ahmed, l’autre Ahmed, celui qu’on nomme « le grand » pour le différencier de son homonyme, a décidé de consacrer toutes ses économies à l’achat d’un matériel complet de camping.

 

Des couples se sont formés. Nous sommes invités aux mariages. Tous semblent être concernés par leur avenir. Tous ont trouvé à faire un stage pratique dans une entreprise de leur choix. L’un comme monteur sportif, l’autre comme fleuriste, cuisinier ou conducteur de poids lourds.

Li qui s’occupait des maquillages, va faire un stage dans une école d’esthétique.

Kera nous a quittés. Elle a trouvé du travail comme agent de collectivité. Elle qui n’a jamais vécu que d’assistanat, n’est pas peu fière d’avoir désormais un « salaire bien à elle ».

 

Le spectacle est en sommeil, nous le reprendrons plus tard.. Peut-être…

Ils l’aiment beaucoup… Ils en parlent souvent. Ils décident ce qu’il faudra améliorer, transformer, ajouter. Le spectacle est à eux désormais, mais il n’est plus une priorité. Après avoir tant ramé, leur investissement, leur régularité nous étonnent, nous, dont la vie a été empoisonnée durant six mois par le fait d’avoir sans cesse à rappeler le cadre, le règlement du stage. Bien des choses ont changé. Certaines transformations ne sont pas toujours faciles à vivre.

Hamid, autrefois leader du groupe, a perdu sa place, d’autres ont pris le relais. Il parle de quitter le stage.

Abderaman, en quittant ses parents découvre de nouveaux problèmes : comment payer un appartement lorsqu’on gagne à peine de quoi se nourrir… Et trouver un boulot, sans formation, c’est galère.

Yamina, partie elle aussi de chez elle, sait que son père la fait rechercher. Il veut la tuer. Elle a très peur. Et elle sait de quoi elle parle ! Il va peut-être falloir, momentanément, partir ailleurs, se mettre à l’abri dans une autre ville.

Akim, déchiré entre l’émergence de ses nouveaux projets professionnels et l’impossibilité de rentrer en conflit avec ses parents, qui souffre, qui souffre beaucoup. Jusqu’à se rendre insupportable. Voir ce que nous allons décider pour lui, s’il reste ou non dans le stage, comment l’aider. Aura-t-il la force de suivre son propre chemin ou la voie que ses parents lui ont pré-destinée, décidé de «faire la nique» au fatalisme?

Et leurs rêves à eux? Est-ce si fou que ça de prétendre à une place, quelque part où poser ses bagages ?

 

Et puis un autre groupe, un autre voyage...

 

C’était en mille neuf cents et quelques... Mais tous les voyages ne se ressemblent-ils pas? Une expérience de théâtre, de jeunes, de réinsertion, de bonheur et de place... enfin, un truc pour vivre. Le spectacle c’est l’histoire d’un village, traumatisé par un vol encore commis par, croyait-on, un étranger, forcément, et qui avait, pour se protéger, fait sauter l’unique pont qui le reliait au monde. Ce village, qui s’était refermé sur sa peur, avait fini par apprendre, par la force des choses, à vivre en vraie communauté. Les habitants, prêts à mourir, victimes de leur propre terreur, comprenaient enfin que le pont n’avait sauté que dans leurs têtes. Délivrés de la prison de leurs habitudes, les villageois partaient, guidés par l’étrange étranger. Tous, bien décidés à partir pour un très long voyage. Certains de rencontrer le « Cheval Bleu » de tous leurs rêves d’enfant.

….amarres larguées, pour jeunes  largués ?...

 

« Nous aurons du pain doré comme les filles sous le soleil d’or.

 Nous aurons du vin, de celui qui pétille même quand il dort.

Et notre âge alors, sera l’âge d’or » chantait  Léo Ferré.

 

Voilà ce qu’ils chantaient à la fin du spectacle ? Et si ce rêve inaccessible, venu du lointain de l’enfance, n’était simplement que le « devenir adulte » ?  Ce voyage là sera le début d’une longue itinérance. Une façon d’accompagner la galère et ses fans, les « desperados », les jeunes et leur souffrance. De sortir avec nos enfants. De partir ensemble aller se faire pendre ou se faire voir, d’accord, mais différents. Ailleurs où il ne fait pas forcement meilleur, mais où ce sera peut-être la chance de se trouver beaux et confortables parce qu’il n’y a rien ni personne à qui se comparer.

 

Loin des miroirs cassés, des habitudes tellement compactes, des brisures et du silence. Là où l’on voit la mer qui chante, en vrai, et pas seulement dans les coquillages des vacances des autres. Là où l’on goûte à tout, parce qu’on ne nous a pas dit d’avance quel goût ça doit avoir. Là où l’on peut aimer. Peut-être.

 «  Il me tarde de rentrer chez-moi ».

Pour les autres, toute sorte de projets : « A mon arrivée, je vais faire ça et ça. ».

 

En suivant les autres, j’ai connu presque autant de voyages que de  voyageurs: le voyage d’Ulysse, celui qui est revenu plein d’usages et avec une raison : vivre parmi les siens, le reste de ses aventures. Celui de  Mohamed le Candide qui a fini jardinier, à retourner son jardin comme son âme. J’ai suivi le voyage immobile de Françoise notre Pénélope, elle qui n’a jamais voulu regarder le monde que de l’intérieur, bien confortable, assise au premier rang, juste derrière le chauffeur et qui attend.

 

Quoi ? On ne le saura jamais, sauf que l’on ressent la paix intérieure qui lui donne un sourire de Joconde. Christian Crusoë, l’Unique, toujours seul, même au milieu de la foule, Brassens Georges et son arbre, qui n’est jamais aussi bien que chez lui.

Les voyages, c’est comme à la télé, une suite d’épisodes qui ne sont à la fois, ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait autres... Ou comme au cinéma  j’ai vu jouer « Le vieil homme et la mer », « Le tour du monde en quatre-vingt jours », « Le retour du Jehdi », le beau « Fanfan la tulipe » et tous  les aventuriers de l’arche perdue.

 

 

C’est d’aller au loin qu’ils ont trouvé, pour les uns des racines, une famille…             

« Caminante no hay camino

Es tu camino el andar..”

 

Marcheur. Le chemin n’existe pas.

Le chemin, c’est ton pas

 

                                                                       "Marie Josée Eréséo"  et "Jean Pierre Besnard "

 

 

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12 juin 2008 4 12 /06 /juin /2008 10:07

 

Pendant deux ans, à Pau, cinquante compagnons d’Emmaüs ont été formés au « Théâtre Forum » par un professionnel . Ils ont ensuite donné une vingtaine de représentations dont une au « Forum Social Mondial » de Bombay. Du chômage à l’emploi des femmes, ils ont eux-mêmes choisis les thèmes traités. Ce travail a aidé les compagnons à développer leur autonomie et a contribué à changer leur image.

 En Juin 2001, la troupe indienne « Karwan » (formée par JP Besnard*) en tournée en France donne une représentation à la communauté d’Emmaüs Pau Lescar. Son directeur, Germain Sary est  impressionné par la force et l’impact de « ce théâtre » est souhaite l’introduire dans la communauté.

Un partenariat s’engage avec Caravane Théâtre. D’avril 2003 à juin 2004, JP Besnard forme des compagnons aux techniques du théâtre interactif. Ainsi, naîtra la troupe « Namasté » qui créé 10 spectacles de théâtre forum et se produira régulièrement pendant 1an ½. Elle donne 20 représentations publiques, touche plus de 1500 personnes dans l’agglomération paloise, et plus d’un millier de personnes en participant au forum social de Bombay en janvier 2003.

 

« Namasté » permet la rencontre des compagnons avec des publics très variés : jeunes en difficulté, travailleurs sociaux en formation, adhérents d’associations, publics de rue…elle atteint ainsi son premier objectif : ouvrir la communauté vers la cité, faire partager les valeurs de solidarité, et de convivialité défendues par Emmaüs et plus largement, changer les représentations parfois négatives sur les compagnons. Le second objectif visé dans ce travail : l’aide au développement personnel et à l’autonomisation des compagnons, est validé pour la majorité des compagnons acteurs. A « C’est notre théâtre, c’est notre force ». N.« J’ai été bouleversée de jouer avec ce public » C.« Ca me fait énormément plaisir de faire passer des messages » S. « Cà fait réfléchir, ça fait réagir,c’est très fort pour moi »

 Démarche participative intégrée.

 L’outil théâtre interactif est particulièrement adapté à ce public en situation de vulnérabilité. Il  utilise un médiateur : la création artistique. Il s’appuie sur le non-verbal. Il nécessite l’implication des bénéficiaires à toutes les étapes du processus. Il s’agit là d’une démarche participative « intégrée ».

 Modalités de mise en œuvre.

 Sur deux week-ends nous présentons les méthodes, créons et jouons un premier spectacle avec quelques compagnons volontaires, pour diffuser l’information à l’intérieur de la communauté.

18 compagnons poursuivent l’expérience et forment l‘ossature de la troupe « Namasté » ; aucun pré requis n’est souhaité. Caravane Théâtre forme aux techniques mais ne s’implique ni dans le choix des participants, ni dans celui des thèmes des spectacles.

 

Les ateliers théâtre ont lieu deux jours consécutifs par mois sur 18 mois. La première journée est prise sur le temps de repos hebdomadaire. L’autre journée, les « compagnons acteurs » sont dispensés de leur travail ordinaire. C’est là l’implication de l’ensemble de la Communauté.

Nous travaillons avec les outils du Théâtre interactif crées par Augusto Boal* : « Théâtre Forum » et « Théâtre Images ». Nous donnons des ateliers de « Clown Théâtre » pour libérer les tensions et l’expression des émotions.

Tous les compagnons sont régulièrement sollicités pour entrer dans la troupe, ils sont plus de 40 à participer ponctuellement sur les 18 mois. Il a toujours un noyau suffisant pour encadrer les arrivants, assurer les spectacles.

 

Les thèmes développés : chômage, emploi des femmes, logement, alcool, exclusions, risques environnementaux, citoyenneté, engagement social, mondialisation et l’écologie, sont choisis par les compagnons, joués devant la communauté toute entière pour être validés avant d’être donnés à l’extérieur. Ainsi témoigne M. à la fin d’un spectacle : « Vous êtes le miroir de la communauté. En faisant passer les messages à l’extérieur, vous montrez ce que les compagnons peuvent être, (…) que le compagnon n’est pas un misérable et qu’il a dans le cœur toute une palette de possibilités et de passions. Il faut témoigner. C’est ce que vous faîtes et vous le faites bien !»

Facteurs facilitants et limites.

 C’est l’énergie impulsée par le responsable de la Communauté qui a permis de démarrer cette action. Elle s’est poursuivie, soutenue par l’intérêt que les compagnons ont trouvé dans ces techniques pour eux-mêmes et pour les publics, par leur engagement social et enfin grâce à la mobilisation de toute la communauté.

Celle-ci vit sur ses propres ressources. Cet avantage au départ de l’action s’est révélé être un frein : il a été très difficile de concilier disponibilité pour le théâtre et nécessité du travail « productif » indispensable à l’autonomie financière.

 De plus personne ne s’est proposé à la fin des 15 mois de formation  à l’intérieur de la communauté pour reprendre la « direction » de la troupe, exigence posée par le directeur de la Communauté pour continuer l’expérience.

Après concertation entre les acteurs et le responsable, l’activité théâtrale s’est arrêtée.

 Le désengagement du formateur n’a probablement pas été suffisamment anticipé par le groupe et le temps global de formation peut être sous-estimé compte tenu du type de public ciblé. Malgré cela, le responsable conclue : « Je me réjouis ce soir de voir l’évolution que vous, acteurs, vous faîtes en tant que personne, dans votre expression et dans votre aisance. J’ai quelques échos qui me parviennent de l’extérieur, je vous le dis : on ne s’attend pas à ça d’Emmaüs !

 Cette expérience  a montré qu’il était possible et bénéfique de mobiliser toute une communauté. Quant à la difficulté que pourrait représenter pour certains l’arrêt du théâtre, nous savons que, à Emmaüs Pau Lescar les compagnons ont accès à toute une palette d’activités artistiques. Ils ont à leur disposition nombreuses possibilités pour exprimer leur potentiel créatif, relationnel, social ou humanitaire ainsi que dans l’engagement politique.

L’arrêt du théâtre s’il a pu engendrer quelques regrets, se saurit être traumatisant. Il aura été, au contraire, un apport important et une force à insuffler dans de nouveaux défis.

 Théâtre Forum : rétablir le dialogue.

 Le théâtre Forum s’adresse à tous, IL n’a pas été créé spécialement pour des personnes en situation de précarité. Le but ultime de ce théâtre est : le bonheur. Il tente d’y faire parvenir en favorisant le rétablissement du dialogue entre les Être humains. Il ne s’agit pas d’adapter les individus à un monde insatisfaisant, mais de transformer le monde lui-même.

Augusto Boal le créateur de cette forma théâtrale a lui même une formule magnifique, c’était d’ailleurs son slogan lorsqu’il a fait campagne pour de=venir « véréador » député de Rio : «  Ayons le courage d’être heureux »’. «A ce théâtre tout le monde peut jouer même les comédiens.. Nos dernières actions nous ont amenées à former des narcologues russes, des paysans à Rio Grande Do Sul (pour dénoncer les danger de l’utilisation massive des pesticides) des ONG du Rajasthan (pour tenter de réduire les migrations des paysans vers les villes) des membres du « planning familial » (pour dénoncer les violences conjugales) etc.

La position des professionnels n’est pas de prendre la parole à la place de ceux qui la désirent et ne savent pas comment la « révéler », mais bien de les aider a y avoir accès.

Le Théâtre Forum a ses propres règles de fonctionnement, sa déontologie et sa propre éthique. Sa pratique ne représente aucun danger si on suit sa démanche et que l’on en respecte la philosophie. Cependant il ne serait pas sérieux des personnes trop fragiles à des animateurs inexpérimentés (risque de décompensation, de passage à l’acte, danger de confondre Théâtre Forum et psychodrame) Il est nécessaire de se garantir du sérieux et du professionnalisme des intervenants par un cadre éthique posé en amont de toute action. En ce qui me concerne, je n’ai pas connu, en vingt cinq ans de pratique d’événements dommageables pour les « acteurs » comme pour les « publics ».

 

Jean Pierre Besnard Directeur artistique et pédagogique de Caravane Théâtre

Tel :06 08 28 89 97
Contact  mail :
 
caravth@club-internet.fr  
Sites web  de l’association :
 
www.planete-clowne.com      
 www.caravane-theatre.com www.parcourireslemonde.com

  Augusto Boal « Jeux pour acteurs et non-acteurs » La Découverte

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12 juin 2008 4 12 /06 /juin /2008 09:06

Pendant deux ans, à Pau, cinquante compagnons d’Emmaüs ont été formés au « Théâtre Forum » par un professionnel . Ils ont ensuite donné une vingtaine de représentations dont une au « Forum Social Mondial » de Bombay. Du chômage à l’emploi des femmes, ils ont eux-mêmes choisis les thèmes traités. Ce travail a aidé les compagnons à développer leur autonomie et a contribué à changer leur image.

 

En Juin 2001, la troupe indienne « Karwan » (formée par JP Besnard*) en tournée en France donne une représentation à la communauté d’Emmaüs Pau Lescar. Son directeur, Germain Sary est  impressionné par la force et l’impact de « ce théâtre » est souhaite l’introduire dans la communauté.

Un partenariat s’engage avec Caravane Théâtre. D’avril 2003 à juin 2004, JP Besnard forme des compagnons aux techniques du théâtre interactif. Ainsi, naîtra la troupe « Namasté » qui créé 10 spectacles de théâtre forum et se produira régulièrement pendant 1an ½. Elle donne 20 représentations publiques, touche plus de 1500 personnes dans l’agglomération paloise, et plus d’un millier de personnes en participant au forum social de Bombay en janvier 2003.

 

« Namasté » permet la rencontre des compagnons avec des publics très variés : jeunes en difficulté, travailleurs sociaux en formation, adhérents d’associations, publics de rue…elle atteint ainsi son premier objectif : ouvrir la communauté vers la cité, faire partager les valeurs de solidarité, et de convivialité défendues par Emmaüs et plus largement, changer les représentations parfois négatives sur les compagnons. Le second objectif visé dans ce travail : l’aide au développement personnel et à l’autonomisation des compagnons, est validé pour la majorité des compagnons acteurs. A « C’est notre théâtre, c’est notre force ». N.« J’ai été bouleversée de jouer avec ce public » C.« Ca me fait énormément plaisir de faire passer des messages » S. « Cà fait réfléchir, ça fait réagir,c’est très fort pour moi »

 

Démarche participative intégrée.

 

L’outil théâtre interactif est particulièrement adapté à ce public en situation de vulnérabilité. Il  utilise un médiateur : la création artistique. Il s’appuie sur le non-verbal. Il nécessite l’implication des bénéficiaires à toutes les étapes du processus. Il s’agit là d’une démarche participative « intégrée ».

 

 

Modalités de mise en œuvre.

 

Sur deux week-ends nous présentons les méthodes, créons et jouons un premier spectacle avec quelques compagnons volontaires, pour diffuser l’information à l’intérieur de la communauté.

18 compagnons poursuivent l’expérience et forment l‘ossature de la troupe « Namasté » ; aucun pré requis n’est souhaité. Caravane Théâtre forme aux techniques mais ne s’implique ni dans le choix des participants, ni dans celui des thèmes des spectacles.

 

Les ateliers théâtre ont lieu deux jours consécutifs par mois sur 18 mois. La première journée est prise sur le temps de repos hebdomadaire. L’autre journée, les « compagnons acteurs » sont dispensés de leur travail ordinaire. C’est là l’implication de l’ensemble de la Communauté.

Nous travaillons avec les outils du Théâtre interactif crées par Augusto Boal* : « Théâtre Forum » et « Théâtre Images ». Nous donnons des ateliers de « Clown Théâtre » pour libérer les tensions et l’expression des émotions.

Tous les compagnons sont régulièrement sollicités pour entrer dans la troupe, ils sont plus de 40 à participer ponctuellement sur les 18 mois. Il a toujours un noyau suffisant pour encadrer les arrivants, assurer les spectacles.

 

Les thèmes développés : chômage, emploi des femmes, logement, alcool, exclusions, risques environnementaux, citoyenneté, engagement social, mondialisation et l’écologie, sont choisis par les compagnons, joués devant la communauté toute entière pour être validés avant d’être donnés à l’extérieur. Ainsi témoigne M. à la fin d’un spectacle : « Vous êtes le miroir de la communauté. En faisant passer les messages à l’extérieur, vous montrez ce que les compagnons peuvent être, (…) que le compagnon n’est pas un misérable et qu’il a dans le cœur toute une palette de possibilités et de passions. Il faut témoigner. C’est ce que vous faîtes et vous le faites bien !»

 

Facteurs facilitants et limites.

 

C’est l’énergie impulsée par le responsable de la Communauté qui a permis de démarrer cette action. Elle s’est poursuivie, soutenue par l’intérêt que les compagnons ont trouvé dans ces techniques pour eux-mêmes et pour les publics, par leur engagement social et enfin grâce à la mobilisation de toute la communauté.

Celle-ci vit sur ses propres ressources. Cet avantage au départ de l’action s’est révélé être un frein : il a été très difficile de concilier disponibilité pour le théâtre et nécessité du travail « productif » indispensable à l’autonomie financière.

 

De plus personne ne s’est proposé à la fin des 15 mois de formation  à l’intérieur de la communauté pour reprendre la « direction » de la troupe, exigence posée par le directeur de la Communauté pour continuer l’expérience.

Après concertation entre les acteurs et le responsable, l’activité théâtrale s’est arrêtée.

 

Le désengagement du formateur n’a probablement pas été suffisamment anticipé par le groupe et le temps global de formation peut être sous-estimé compte tenu du type de public ciblé. Malgré cela, le responsable conclue : « Je me réjouis ce soir de voir l’évolution que vous, acteurs, vous faîtes en tant que personne, dans votre expression et dans votre aisance. J’ai quelques échos qui me parviennent de l’extérieur, je vous le dis : on ne s’attend pas à ça d’Emmaüs !

 

Cette expérience  a montré qu’il était possible et bénéfique de mobiliser toute une communauté. Quant à la difficulté que pourrait représenter pour certains l’arrêt du théâtre, nous savons que, à Emmaüs Pau Lescar les compagnons ont accès à toute une palette d’activités artistiques. Ils ont à leur disposition nombreuses possibilités pour exprimer leur potentiel créatif, relationnel, social ou humanitaire ainsi que dans l’engagement politique.

L’arrêt du théâtre s’il a pu engendrer quelques regrets, se saurit être traumatisant. Il aura été, au contraire, un apport important et une force à insuffler dans de nouveaux défis.

 

Théâtre Forum : rétablir le dialogue.

 

Le théâtre Forum s’adresse à tous, IL n’a pas été créé spécialement pour des personnes en situation de précarité. Le but ultime de ce théâtre est : le bonheur. Il tente d’y faire parvenir en favorisant le rétablissement du dialogue entre les Être humains. Il ne s’agit pas d’adapter les individus à un monde insatisfaisant, mais de transformer le monde lui-même.

Augusto Boal le créateur de cette forma théâtrale a lui même une formule magnifique, c’était d’ailleurs son slogan lorsqu’il a fait campagne pour de=venir « véréador » député de Rio : «  Ayons le courage d’être heureux »’. «A ce théâtre tout le monde peut jouer même les comédiens.. Nos dernières actions nous ont amenées à former des narcologues russes, des paysans à Rio Grande Do Sul (pour dénoncer les danger de l’utilisation massive des pesticides) des ONG du Rajasthan (pour tenter de réduire les migrations des paysans vers les villes) des membres du « planning familial » (pour dénoncer les violences conjugales) etc.

La position des professionnels n’est pas de prendre la parole à la place de ceux qui la désirent et ne savent pas comment la « révéler », mais bien de les aider a y avoir accès.

Le Théâtre Forum a ses propres règles de fonctionnement, sa déontologie et sa propre éthique. Sa pratique ne représente aucun danger si on suit sa démanche et que l’on en respecte la philosophie. Cependant il ne serait pas sérieux des personnes trop fragiles à des animateurs inexpérimentés ( risque de décompensation, de passage à l’acte, danger de confondre Théâtre Forum et psychodrame) Il est nécessaire de se garantir du sérieux et du professionnalisme des intervenants par un cadre éthique posé en amont de toute action. En ce qui me concerne, je n’ai pas connu, en vingt cinq ans de pratique d’événements dommageables pour les « acteurs » comme pour les « publics ».

 

Jean Pierre Besnard Directeur artistique et pédagogique de Caravane Théâtre

Contact  mail : caravth@club-internet.fr  

 

Site web  de l’association : www.planete-clowne.com      www.caravane-theatre.com

www.parcourireslemonde.com

 

Augusto Boal « Jeux pour acteurs et non-acteurs » La Découverte

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9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 10:08

Le Clown interculturel.

 

Un petit exemple pour illustrer comment l’esprit clown permet de dépasser les clivages culturels. Voici le récit d’une improvisation qui s’est déroulée lors d’un atelier inter culturel « Franco-indien »

 

Thème de l’improvisation:
Un groupe de clowns français débarque en Inde  pour la première fois.

 Dans le public des acteurs indiens (des stagiaires participants)  les observent  et viendront par la suite, après avoir chaussé le nez, donner  leur ressenti et leur point de vue sur la scène qu’ils auront observée. Chaque indien (alors en clown) reprenant le rôle d’un clown Français.


                            
Six clowns français découvrent l’Inde.

 Six participants français, en personnage clown, entrent sur scène, inquiets, surpris, stupéfaits.

La chaleur est insupportable, intoxicante. De plus ça pue ! Ca gratte ! Ca dégouline ! On  s’épouille s’éponge, s’épouvante s’époussette ! On marche avec difficulté sur un sol qui couvert d’immondices.

Sur la scène nos touristes aperçoivent une chaise renversée. Sauvés c’est un taxi.

Notre bande hèle un rikshow (petit scooter taxi à deux places). Lolo fait le chauffeur. Les cinq  autres, s’escaladant les uns les autres parviennent à se glisser à l’intérieur de l’habitacle. Le prix est vraiment exorbitant. Alors on discute, on  sort du taxi, remonte, redescend, remonte, redescend, on gesticule et on paie.Touristes parfaits on sort les têtes vers l’extérieur pour sourire à l’appareil Enfin le taxi démarre direction une table renversée : le restaurant.

.Devant la porte d’entrée Lolo, en grosse vache qu’elle joue, broute un foulard abandonné. Gênés et  apeurés nos amis grimpent sur une table  et font fuir l’animal.

Là les clowns touchent à tout. C’est sale, on essuie. Ca sent mauvais, on vaporise. Sur la table quelques verres d’eau locale. Attention : surtout ne pas boire, on balance l’eau à travers la salle avant de s’installer, V stérilise table et  chaises.

Un clown déguisé en serveur discret apporte les repas. C’est pas bon, trop épicé. On change les plats : trop salé ! On rappelle le serveur. L’un s’étouffe !  L’autre vomit. Seule une clownette  semble apprécier la cuisine indienne.

Les  cinq autres  se régalent tout de même des dessers. Rescapés  du repas ils se lancent  dans une danse  endiablée sur la table, jupes relevées, les derrières se tortillent  comme  d’heureux ventilateurs Applaudissements. Auto congratulations. Félicitations.

Pose touristique. On se dispute le serveur. Finalement on l’installe au milieu. On lui pose une assiette sur la tête pour faire couleur locale. Et on rit ! On rit! On rit!

C’est à lui maintenant de prendre la photo. Comme il n’y connaît rien, on se moque de lui. Mais comme il fond en larmes on le console en lui offrant tout les objets disponibles  sur scène enfin…dans son  restaurant : Tabourets, chaises, tables sacs plastics les couverts et les rideaux.Les clowns s’installent dans une « Guest house ». Là aussi c’est encore trop cher. Le lit c’est une chaise renversée : trop dur. La salle de bain un tabouret : trop petit. La salle à manger : trop de moustiques. Après avoir enjambé quelques saletés,  plus loin : la terrasse.  Il y fait meilleur. On s’y installe.

 Après quelque repos, notre joyeuse équipe se lève et part : en fait c’est pas si bien que ça l’Inde. Sortie de scène et le retour en France. 

Une question avant de poursuivre : 

Sait-on aperçu  qu’il y a des Indiens dans la salle ?


                             Six clowns indiens reprennent l’improvisation.

 

 Les six clowns indiens entrent sur scènes hystériques. Ils se badigeonnent les uns les autres d’insecticide. Se  donnent de grandes claques, se flagellent pour écraser les moustiques invisibles qui les attaquent de toute part.

Et reprennent tel le chœur antique des tragédies grecques : «  ça va ? »  « Ça ne va pas ! ».Ça va ? » « Ça va pas ! ». « Ça va ? » « Ça va pas ! ». Et : en Français s’il vous plait !

Ils se bouchent le nez de tout ce qu’ils trouvent : foulard, draps de lit, chapeaux essayant ainsi d’échapper aux mauvaises odeurs. Se déhanchent et se tortillent en criant : « photos ! »  « Photos ! »  « Photos ! Le serveur du restaurant, qui a par maladresse cassé l’appareil, est frappé comme un âne qui ne voudrait pas avancer.

D : «  je veux rentrer à la maison ! »  « J’en peux plus ! »  « Je veux pas rester là ! ». Tout le monde l’assiste. Et comme  des bébés dans une pouponnière les clowns se mettent à crier  à l’unisson. Crise de nerfs collective. C’est Verdun. Waterloo. Grimpés sur la table, radeau de la Méduse, ces chers petits se débattent, abandonnés, loin des leurs, alors que le public, cruel et insensible… se marre.

Au restaurant, on veut de l’eau et de la bonne. Mort de soif,  une clownette tombe à terre inanimée.Les clowns font un vacarme épouvantable pour faire venir le pauvre serveur. Bien sûr les estomacs délicats ne supportent pas ce genre de nourriture et la resservent sur la table.Le serveur se fait maltraiter parce que le café n’est pas du vrai café, le thé est trop sucré et le gâteau pas assez.Emballée par le public qui se tient les côtes. Notre équipe se calme.Le « french  can can » qui s’ensuit  n’a plus rien  de parisien. Par décence nous le classerons « X »

La suite du voyage tient ses promesses : la troupe loue la seule chambre avec air conditionnée de l’auberge, celle du propriétaire. D pris d’une immense colique écrasera le fauteuil renversé qui fait office de toilettes. Effrayée par tant de mésaventure notre petite bande de touristes s’enfuit sans demander son reste.


                                                      Epilogue et analyse du jeu.

 Les spectateurs Indiens furent très vexés et choqués par l’improvisation des Français qui leur avaient renvoyé à leur goût, une image trop négative de leur pays et de leurs concitoyens.

Comment ces Français (stagiaires) reçus  avec tant d’amitié ont-ils osé se moquer d’eux et n’ont rien trouvé de bien ni de beau ni d’agréable ?!...

Les Rajpoutes si fiers se sont sentis ridiculisés et  profondément blessés. Surtout que dans la salle d’autres « touristes » (des stagiaires participants français qui, ne jouant pas à ce moment là, se délectaient de la scène) ne se gênaient pas pour rire.

J’ai entendu dire par la suite : « si les Français voulaient de meilleures conditions de vie ils n’avaient qu’à aller dans des palaces, au lieu d’accepter l’hospitalité de nos familles » retournant ainsi  les compliments.

 

Dans un deuxième temps, quand les indiens ont repris les rôles des clowns français et ont joué (en clown) tout ce qu’ils avaient détesté voir, tout a basculé.

Pousser, dans le jeu, encore plus loin la critique, le ridicule des personnages et des situations les a complètement libérés. Ils se sont lâchés et follement amusés.

 

Phénomène de l’arroseur arrosé ? Pas seulement. Vengeance ? Pas que cela. Il y avait bien quelque chose de vrai dans le récit des clowns français, mais rire de soi et devant les autres, nous savons tous combien l’exercice  est difficile  qui plus est dans ces situations de stage où on se découvre, instants délicats de séduction... Accepter que d’autres puissent rire de nous, c’est encore plus insupportable.

 

C’est à ce moment là que nos improvisateurs français ont réalisé en se voyant joués par les clowns indiens combien ils ont pu être maladroits. La honte !

Je crois que ce fut encore plus dur d’accepter  pour eux  de s’être trompé parce qu’il n’y avait pas de « rachat » possible .Condamnés à s’accepter ! A en  parler A communiquer vrai. Un petit temps pour l’humilité et les véritables rencontres. Aux vestiaires les appareils photo et  le guide du routard ! Et merci au clown.

 

 

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8 juin 2008 7 08 /06 /juin /2008 19:12

Une ferme... cachée derrière la forêt vierge, dans cette région humide qu’est le sud du Brésil, prés de Rio Grande Do Sul. 

Une utopie réaliste... la perma-culture oú tout est réutilisé: de l’eau de vaisselle au pipi de lapinou en passant par les cornes de vaches. La nature est en constante activité, elle travaille pour nous si l’on sait y porter attention.




 

 







 



Un désastre écologique... les pesticides et les fertilisants utilisés à outrance dans cette région agricole où l’on cultive principalement du riz. L’utilisation d’agrotoxiques dégrade la terre et pollue la lagune naturellement trés riche et diversifiée. La conséquence directe est l’appauvrissement des agriculteurs et des pêcheurs ainsi que les problèmes de santé (infections renales par exemple) dûs à la pollution de l’eau. Cette précarité économique et physique les rend d’autant plus dépendants aux pouvoirs politiques. Ces derniers  acceptent de les indemniser mais en contrepartie ils incitent souvent les paysans à cultiver des plantes génétiquement modifiées.

 

Enfin Caravane Théâtre avec le clown et le théâtre forum... comme projet éducatif, ludique et fédérateur. Les communautés agricoles ainsi que les pêcheurs accueillent ces outils comme une libération: de la parole, dans un premier temps, de l’oppression dans un second. Ce projet a fait ses premiers pas, il a déjà permis une conscientisation et l’élaboration de pistes de transformations sociales dans plusieurs communautés.



Et je ne vous parle pas des femmes... non, non, je ne vous dirai pas qu’après un forum dans lequel elles n’étaient pas intervenues, les femmes d’une communauté d’agriculteurs sont venues dire aux acteurs qu’elles étaient exploitées aux champs et qu’en plus elles n’avaient pas le droit de parole dans leur propre maison. Je ne vous dirai pas non plus que depuis la représentation, elles se sont mobilisées pour venir nous rencontrer afin, peut-être, d’intégrer la troupe de théâtre en formation: Les Clowndestinos.
Je ne vous dirai pas enfin de ne pas dire ce que je ne vous ai pas dit.


















L’espoir est énorme ... Cependant, ce combat ne fait que débuter et commence déjà à déranger fortement les gens de pouvoir : les industries d’agrotoxiques, les producteurs d’OGM, les autorités politiques.

Il nous faut des bras, des jambes, des yeux et des oreilles mais il nous faut surtout des coeurs ... Allez les Egaux Centriques, les Caravane Théatre,  le Brasil vous attend!!! 

Aude, le 11/01/2005

Pour en savoir plus : téléchargez le PowerPoint en portugais de la troupe Clowndestinos, créé par Jean-Pierre Besnard et Caravane Théâtre

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3 juin 2008 2 03 /06 /juin /2008 20:53
    19 août 2003, jour anniversaire de l’Indépendance de l’Inde. Nous avons rendez-vous dans un des nombreux bidonvilles de Jaipur, Rajasthan, avec une troupe de théâtre indienne. Le chauffeur du rickshaw peine à trouver le « slum ». « Vous le trouverez facilement, nous a-t-on dit, il se trouve derrière l’hôpital psychiatrique » … mais, quand nous demandons aux passants de nous indiquer le chemin, ceux-ci nous répondent interloqués : « Un bidonville ? Mais lequel » ?  Enfin, le rickshaw nous dépose à la lisière de ce monde de tôles et de boue ; L’univers des laissés-pour-compte. On se laisse guider par la musique quand tout à coup, on aperçoit la foule.


 















Une myriade d’enfants en guenilles est assise par terre, dans la poussière. Les adultes restent debout derrière. Au milieu des mouches, deux petites filles en haillons arborent des serre-tête rouges, fières d’être jolies pour une telle occasion. Comme seul décors de théâtre un drap noir est tendu au fond de la scène ! Pourtant, la magie opère. On en oublierait presque la misère. Sur scène, des clowns miment une crise de diarrhée… éclats de rires dans le public. Un comédien de la troupe déguisé en blouse blanche explique en termes simples de quoi souffre le malade et quels sont les remèdes pour le soigner. Les clowns réagissent, surjouant les symptômes. Le docteur leur demande soudain : « Vous avez compris ? Alors, répétez moi ce que je viens de dire » !  Les pitres reprennent la leçon à grand renfort de galipettes et de grimaces, provoquant l’hilarité de l’assemblée. Le médecin interroge  maintenant l’auditoire : « Et vous, vous avez compris ? Vous pouvez donc être docteur. » Un jeune homme de l’assistance se lève : « Moi, moi j’ai compris ! Je veux être docteur ! ». Le comédien lui cède sa blouse et le garçon reprend la leçon, aidé par les clowns. Un enfant à la culotte déchirée, des carottes dans les cheveux, cache ses rires derrière ses mains crasseuses. Les femmes en saris multicolores, voilées, se poussent du coude. Tous applaudissent à tout rompre. Salut final, les clowns reviennent sur scène, dansant et faisant des culbutes. Les enfants exultent, tapent dans leurs mains, certains se lèvent pour danser, se poussent les uns les autres pour monter sur scène.
Et, quand les comédiens se retirent en coulisses, deux gamins leur courent après, voulant retenir le charme.



 Dans une maison délabrée de Jaipur, un verre de tchaï à la main, Jean Pierre Besnard et Kamal Kishore racontent l’histoire de leur collaboration. C’est en 1996 que les chemins de ces deux philanthropes convaincus se croisent. Jean Pierre est directeur de la troupe toulousaine « Caravane » avec laquelle il promeut en France et partout dans le monde le théâtre-forum, une technique créée par le Brésilien : Augusto Boal. « Le but, c’est d’ouvrir le dialogue par le théâtre. Quand on joue dans les  bidonvilles on permet à ceux qui d’habitude n’ont pas la parole de s’ouvrir sur leurs difficultés ! Par l’intermédiaire du clown, on dévoile les problèmes et on cherche des solutions. Ainsi, on peut aborder ouvertement des thèmes tabous comme le sida, la violence conjugale ou la dépendance à l’alcool. ». Kamal, lui, est le fondateur de l’association Jan Kala Sahitya Manch Sanstha (JKSMS), une ONG qui, depuis 1983, vient au secours des enfants des rues. A ces bambins fugueurs, abandonnés ou orphelins qu’il recueille, il offre un toit, un suivi sanitaire, une formation professionnelle et, au bout de la route, la réadaptation sociale. Réduits en esclavage par la police ou la mafia, souvent jouets sexuels, toujours violentés, ces petits adultes au regard dur réapprennent l’enfance, retrouvent confiance. Et aujourd’hui, JKSMS peut s’enorgueillir d’avoir fondé 46 lieux d’accueil qui abritent plus de 1600 enfants.

De la rencontre de Kamal et de Jean Pierre naît la troupe indienne « Carvan ». Les comédiens sont d’anciens enfants des rues que Jean Pierre a formés aux techniques du théâtre-forum et qui donnent désormais des représentations partout dans le Rajasthan. Kamal confie :  « quand, après le spectacle, on sort du bidonville ou du village, on se dit « au moins, eux, ils savent. C’est une petite victoire». La grande victoire, c’est en juillet qu’ils l’ont remporté. Alors que les clowns jouent dans un Slum de Jaipur, des grosses cylindrées débarquent dans un nuage de poussière. Les gros bras qui en sortent sont envoyés par le parrain de la mafia locale qui entend bien garder les pauvres sous son autorité et chasser ces intrus de son territoire. C’est alors que les enfants et les femmes, imités ensuite par les hommes du bidonville, ramassent des pierres sur le sol et les lancent sur leurs oppresseurs. Kamal en est encore bouleversé : « C’est formidable, il ont forcé la porte de la liberté ! ». Et Jean Pierre de citer Augusto Boal : « Ayons le courage d’être heureux ».
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24 avril 2008 4 24 /04 /avril /2008 08:35

    J’ai besoin de partager les expériences humaines vécues durant les voyages et les rencontres inter culturelles réalisés avec « Caravane Théâtre », « Planète Clowne » et maintenant  « Parcourires Le Monde ». Envie de donner un espace de  parole à tous ceux qui ont partagé bonheurs et galères avec moi/nous. Rencontrer des personnes qui ont développé des actions artistiques diverses, Clownesques, théâtrales …qui ont développé des actions de solidarité entre les pays du nord et ceux du sud. Ceux qui ont mis en place des voyages solidaires.

Je voudrais échanger avec tous ceux qui ici et ailleurs s’investissent pour tenter de transformer, à leur niveau, quelque chose du monde.

Je ressens  la nécessite de partager les espoirs et les utopies, les connaissances, de créer avec ceux qui se sentiraient en harmonie, des liens durables dans une époque de vaste transformation, de puissantes inégalités et de réels dangers de repliement ou d’asservissements.

 Enfin je voudrais partager ce qui nous a donné de l’énergie pour développer le concept de « Parcourires le monde »

Cet été nous partons au Maroc et en Inde. Deux types de rencontres solidaires. Au Maroc ce sera davantage une formation (clown, théâtre forum et théâtre image) avec création de spectacles mixes « Maroco-Français ». En Inde  ce sera plus une découverte de l’inter culturalité entre Indiens et Français autour du personnage du clown.

J’espère que ces deux actions seront le début d’un long processus de communication sur internet.

Pour des info sur ces actions aller sur www.parcourireslemonde.com

à +  Jean Pierre

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Zippo Le Clown

  • : Les aventures de Zippo
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  • : Zippo le clown partage ses expériences humaines vécues durant les voyages et les rencontres inter culturelles. Il donne un espace de parole à tous ceux qui ont partagé bonheurs et galères avec le théâtre et les voyages. A la rencontre des personnes qui ont développé des actions artistiques diverses, Clown, théâtre …qui ont développé des actions de solidarité entre les pays du nord et ceux du sud. Ceux qui ont mis en place des voyages solidaires. Zippo evoque l'Inde, le Brésil, le Maroc,...
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