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16 octobre 2008 4 16 /10 /octobre /2008 13:37

Théâtre forum : LA FAMILLE IDEALE

 

L'après midi, la mère prépare le repas. Le père se réveille de la sieste de mauvaise humeur


 

Le père : Et toi !

La mère : Oui, oui

Le père : Donne moi le thé, je suis pressé, j'ai beaucoup de

choses à faire.

Qu'est ce que tu fais là ? Donne moi tes vêtements, il est déjà quatre heures.

La mère : oui, oui

Le père : Habille moi, et les boutons. Où est ce que tu as la tête aujourd'hui?

La mère: pardon, pardon

le père : Les chaussures !

La mère : sois un peu gentil avec ta femme

Le père : Je sais comment il faut faire avec sa femme !

 

Le fils, Mustapha,  rentre de l'école.

 

La mère : Mustafa !

le fils : Oui maman

la mère : Va  m'étendre le linge!

Le fils : Non maman, je ne peux pas le faire, je suis fatigué,

La mère : à 16 ans tu pourrais comprendre et aider un peu ta mère !

Le fils : j'ai été toute la journée à l'école. Fais-moi plutôt un bon thé à la menthe, tout de suite.

 

La fille  rentre de l'école

 

le fils : Tu as 15 minutes de retard. Où étais tu jusqu'à présent Aïcha?

La fille: Cela ne te regarde pas

Le fils : Je suis ton frère. Tu dois m'obéir.

La fille ; J’étais avec une amie

Le fils ; Fais bien attention. Si tu me mens, Je dis à papa que tu parlais avec un garçon.

La fille : S'il te plait ne dis rien à papa il pourrait me frapper pour cela.

Le fils : D’accord. Mais attention : demain tu rentres tout de suite après l'école. Si non....!!

              Maintenant tu repasses ma chemise vite je dois sortir.

 

Le père arrive

 

Le père : Quoi! Le repas n'est pas prêt!

Ils passent à table.

 

Le père : Encore ce mauvais couscous ! Tu ne sais même pas faire la cuisine. Ma femme, tu n'es bonne à rien!

Il renverse le plateau,

Le père : (à sa femme) toi  ramasse ça!

Le téléphone sonne, la fille répond

La fille : Allo

Rachida : Allo Aïcha, c'est Rachida, est ce que tu veux aller au cinéma avec moi ce soir?

La fille : je ne sais pas, il faut d'abord que je demande à mes parents.

 

Elle va voir sa mère

 

La fille: maman

La mère: oui

La fille: maman, est ce que je peux aller au cinéma ce soir?

La mère: tu sais très bien qu'il faut que tu demandes à ton père.

 

Elle va voir son père

 

La fille : Papa, est ce que je peux aller ce soir au cinéma avec mon amie Rachida

Le père : Au cinéma? Hors de question!

La fille : Mais papa, j'ai 18\ 20 en mathématiques!

Le père : même si tu avais 20\20, Il est hors de question que tu ailles au cinéma.

Les filles ça reste à la maison. Apprends plutôt à soigner ton futur mari. Tu vois ta mère elle est allée à l'école et elle est bonne à rien à la maison.

La fille : Papa. Le monde a changé.

Le père :(très en colère) Ici on change rien!!! Elle n’est pas bonne la tradition? Fais bien attention ma fille.

 

Le fils : bon, papa, je vais au cinéma avec des amis.

Le père : d'accord, mon fils.

La fille : et moi, alors?

Le père : toi, va aider ta mère.

 

La fille va trouver sa mère

 

La fille ; maman il faut faire quelque chose.

La mère : ma fille c'est comme ça la vie.

 



Le public viendra remplacer la mère et la fille pôur trouver des solutions à leur problèmes :




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Théâtre Forum : Forum « La Petite Bonne »

 

 

Scène 1 :

 

Dans la maison d'une famille pauvre la mère passe le balai et le père rentre, il a l'air fatigué.

 

La mère : Alors mon mari, ce travail tu l'as eût.

Le père : Eh non, je ne sais plus quoi faire, 3 mois qu’ils me font croire que j'aurai un poste dans cette nouvelle usine.

La mère : Comment on va faire mon mari, comment nourrir les enfants ?

Le père : Je ne sais pas, le chômage perdure, Dieu le sais

 

Les enfants rentrent de l'école.

 

Khadija : papa, Maman, Salam Alekum, ça va ? ... J'ai une petite faim ... Il n'y a que du thé ?

La mère : Ecoute ma fille, il faut que l'on vous parle.

Le père : Je n'ai pas eu le travail tant attendu ... les temps sont durs, je n'ai aucune solution, il va falloir penser à travailler.

Khadija : Mais papa, comment on va faire ? Et l'école ?

Mohamed, le frère : Moi je ne veux pas travailler, je veux aller à l'école, je ne veux pas finir comme toi (il sort)

Le père: je sais mon fils...(Khadija sort aussi)

Les deux parents restent en image.

scène 2

 

Au même moment la scène 2 s'anime  La famille est riche cette fois ci

 

Le père est fier du foulard qu'il a offert à sa femme. Il se met devant la télé, la mère est contente...Elle se fait belle comme d'habitude.

Le fils écoute le walkman.

Le père a soif, il va chercher de l'eau à la cuisine.

Le père: c'est pas possible cette maison est sale...(à sa femme) tu n'en as pas marre de te regarder le nombril.

La mère: il faut bien que je prenne soin de ma grande beauté;

Le père: et toi mon fils tu ne peux pas ranger un peu?

Le fils: non papa, tu sais que je travaille, je ne peux à ranger cette maison.

La mère: laisse notre ingénieur tranquille il apporte de l'argent dans notre maison

Le père : depuis que nos filles sont mariées, cette maison est laissée à l'abandon.

La mère s'approche avec séduction: écoute mon mari, il nous reste la solution de prendre une bonne tout faire! Elle s'occupera de la maison pendant que je m'occuperai de ma beauté.

 

Tous en même temps: une bonne...ouara

Le fils se frotte les mains

La mère  au téléphone: bonjour Aïcha ma douce ami.. tu as toujours un bon plan pour trouver des petites bonnes courageuses et discrètes...mes petites mains douces ne sont pas faites pour le ménage...oui toujours ok, dés demain

le père et la mère reste en image

 

scène 3

la copine (Aïcha rencontre les parents de Radija...elle murmure sa proposition en montrant du doigt la famille riche et Radija)

 

Scène 4

 la famille pauvre. Une solution apparaît enfin...

Le père: envoyer Radija travailler un an ou deux  c'est la seule solution? Ils payent bien? Bon d'accord.

La  mère: les enfants... venez voir... votre père a quelque chose à vous dire.

Le père: Radija tu vas être courageuse ma fille... tu dois nous aider et aller travailler un ou deux mois chez une famille en ville... on viendra te récupérer dés que j'aurais un boulot.

Radija mais papa, je veux aller à l'école comme mes copines (en pleurs)

Le père: tu n'as pas le choix ça passera vite.

Radija: non je ne veux pas...

 

La mère enlève le cahier, le père l'amène de force dans sa nouvelle demeure le frére ne bouge pas.

 

Scène 5

Le père amène sa fille dans la famille, il reçoit une petite somme d'argent

La mère de la famille riche: tenez pour vous aider.

 

Scène 6

 Kadija commence sa nouvelle vie.Elle se tourne vers les trois protagonistes de la famille aisée. Elle se fait exploiter, maltraité (elle amène le thé, lave les vêtements.....) Image: elle est écrasée par toute la famille. Elle tombe à genoux leurs mains sur la tête. Pendant ce temps, quelqu'un vient voler le foulard de la femme riche  et sort discrètement. L'image se remet en mouvement. Les trois de la famille montre Radija d'un doigt accusateur.

 

Scène 7

Un policier arrive et amène Radija.


Le public vient au secours de la "Petite Bonne" en prennant sa place dans cette histoire.


 

 

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 Textes en langue Arabe

 

 

الشخصيات

الطبيب : عبد اللطيف بلا نيف وزرة بيضاء

4 الطلبة (حسن، (موسيقي)، فاطمة، أنوك، بيتي)

4 دبانات (عتيقة، حسن (صغير)، ستيفان، عبد الكبير

2 دودات (صوفي، عبد الكبير)

4 مرضى  (فاتي، مريم، كارولين، حسن)

راجل ومرتو (مريم، يفن)

مريض العينين (رشيدة)

 

مقدمة

 

تيدخل الطبيب بوحدو باش إيدير واحد الندوة على الوقاية الصحية ( سادتي آنساتي تيظهر ليا باللي كاين المشاكل الصحية فهاذ الدوار لهذا جبنا درس جامعي على الوقاية الصحية  باش نستفدو وهاهما الطلبة ديالي )

 

(دخلو الطلبة فصف واحد ، ودار عندهم الطبيب  كيراقبهم واحد بواحد ) ، لأجل الوقاية الصحية خاصنا نبدوا بروسنا ( واش غسلتو يديكم ؟ الوجه؟ السنان؟ الشعر؟ (لكمل لكمل)

 

واش تتعرفو أن مع الحرارة خصنا نشربو بزاف ، واحد الطالب كيخرج واحد القرعة ديال الما... الما ديال البير تنطلبوا من المهرجين .. ( واشندكم البير ؟ واش صرحتو به؟ ) تيعلن الطبيب على أن معالجة الماء مجانية

هجوم الدبان على المهرج اللي تيطلب النجدة .. الطبيب تايكول .. (خاصنا أنغسلوا وفمنا بالصابون)، الطبيب تايشوف العينين وكيعلجهم بالتقطيرة.

زوج من المهرجين جابو للطبيب والدهم زيبو اللي مريض بالسخانة . أعبر  ليه الطبيب درجة الحرارة .. درجة الحرارة مرتفعة ، كنفزكو الفوطة وكنديروها فوق راسو، .. درجة الحرارة باقي مرتفعة، إذن تنديروه فالماء

زيبو كيمشي المدرسة ... واش افطر مزيان (الآباء : لا ) المهرجين تيقدمو ليه واحد الصندويتش ، كلاه الأب وأخرج بالزربة

تيوصلو 4 ديال المرضى  ضرهوم كرشهوم

وفي الأخير ندوة .. الطبيب تايكول فهامتو مزيان؟ سؤال موجد للطلبة تم للجمهور.. عندكم أسئلة وألان غادي نمشيو للدوار المجاور

 

الوسائل:

5 وزرات، فرشات الأسنان+ شطابة

4 صابونات ، مقص ظفار، تيو، صناتة ، محرار ، بانيو

4 سليبات

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___ العائلة المثالية

بعد الزوال تهيء الام الطعام، واستيقظ الاب من القيلولة

الاب : واهيتا

الام: نعام

الاب: سربي جيبي لـي أتاي راه أنا ممساليش عندي بزاف مايدار

اش تديري اش تديري جيبـي ليا لحوايج سربـي راه الربعة هادي

الام: وخا وخا

الاب: لبسي ليا لحوايج. او صدافـي راه نسيتيهم فين مشا عقلك

الام: سمح ليا سمح ليا

الاب: او صباط

الام: كون شويا ظريف مع مرتك

الاب : أنا تنعرف كيفش ندير مع رتـي

الابن مصطفى جاء من المدرسة

الام: مصطفى مصطفى

الابن: نعام

الام: هاك نشر ليا لحوايج

الابن: سمحي ليـا  أماما منقدرش رانـي عيان

الام: راه عندك 16 عام خصك تبقى تعاون امك

الابن: نهار كامل وانا في المدرسة، صايبي ليا واحد اتاي منعنع بالزربة

دخلت البنت جاءت من المدرسة

الابن: عندك 15 دقيقى ديال الروتار فين كنتـي حتا لدابا

الابنة: دخول سوق راسك هادشي ماتيهمك

الابن: أنا راه خوك خاصك تبقي تسمعي ليا

الابنة: كن مع واحد صاحبتـي

الابن: ردي البال راه الا كذبتـي راه غادي نكول لبابا راه كنتي مع واحد الدري

البنت: عافاك متكوليه والو راه غادي ادربنـي

الابن: واخا ولكن غدا دخلي فـي الوقت من بعد المدسة والا … يلاه دابا حددي ليا هاد القميجة سربي راه باغي نخرج

دخل الاب.

الاب: أشنو. باقي موجدتيش لغدا؟

الاب: اش هاد سكسو باقي كاع متتعرفـي اطيبـي متتصلحي لوالو

(قام الاب بقلب صنية الطعام)

الاب ( لزوجته): يلاه جمعـي هادشي

الهاتف يرن  تجيب البنت 

 البنت : الووو 

رشيدة : الو عائشة انا رشيدة واش بغيتـي تمشي للجمعية باش نشاركو فـي الانشطة ديال المهرجـان

البنت: اشنو نمشيو للجمعية بلاتـي بعدا نسول والـديا هما اللولين

البنت تسـأل أمها

البنت: ماما

الام: نعام

البنت: ماما واش ايمكن نـمشي للسينما هاد الليلة؟

الام: راكي عارفـة بانـه خاصك تشـاوري باباك

البنت تذهب لتسـأل أباها

البنت: بابا واش امكن نـمشي للسينما هـاد الليلة مع صاحبتـي رشيدة

الاب: للسينما؟ لا ما يمكنش

البنت: ولكـن بابا أنا عندي 18/20 فـي الرياضيات

الاب: ولو تجيـبي 20/20  مل يمكنش تمشـي للسينما البنات تيكلسو فـي الدار. شوفي امك كانت فـي المدرسة او متـاتعرف والو.

البنت: بابا راه الوقت تبدلت

الاب غاضبـا

هنا حتـى شي حاجة متغيرت حذري

الابن: بابا راه غادي نـمشي للسهرة مع صحابـي وراه غادي نتعطل

الاب: وخـا اولدي الله ايعاونك

البنت: ونـا

الاب: نتي عاونـي امك

ذهبت البنت عند امهـا

البنت: ماما خصنا نلقاو شي حل

الام: هادي هـي الدنيا

البنت: لا ماشي هدي هـي الدنيا

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يوليوز 2008

صفر عائلة بونظيف إلى أكدز

 

 

1-تيعلن المنشط على وصول عائلة بونظيف

2- أعضاء العائلة تيدخلو بواحد بواحد وتيقدمو روسهم للحضور ، وتيعلنو على المكان اللي غيصفرو ليه وعلاش غيصافرو ليه، وتيوصفو سيارتهم الجديدة 4*4 اللي غايصفرو بها

الأخطاء المرتكبة

3- تتنطلق السيارة والبكاج فوق أريوس أعضاء العائلة، المنشط كيتدخل باش إحبس الحدت وتيطلب من احد المتفرجين باش إصحح المخالفة. لهاذا دار ليه الشابو ديال الجوندارم فوق راسو وتيطلب منو باش إشرح المخالفة لسائق السيارة الجديدة 4*4

4- عائلة بونظيف أنسات حزام السلامة وناض الصداع والضجيج فالسيارة

5- تيسرسر التيلفون، مامي بونظيف هايا اللي على الخط، الأم تتجاوب، ودوزات التلفون لراجلها اللي صايك

6- عائلة بونظيف تاهو فالطريق، الأم تتفتح الخريطة الطرقية وتتوريها لراجلها اللي صايك اللي اصبح ماتيشوف كدامو.

7- عيا السائق وأطلب من بنتو تصوك، وأرجع اللور باش إشرب البيرا ، ومن بعد واحد الموهلة ديال البول، الأب ارجع الكدام باش إيصوك .. ضجيج أوصداع في السيارة

8- من بعد ما دوز الأب البولة لمرتو، واحد السائق ظوبل السيارة .. كلشي العائلة وقفات فوق المقاعد باش أتسب وتعاير السائق اللي مظوبل

9- وقفات السيارة وركبات معاها واحد لمرا مع طفلها فالمقعد الأمامي.. الزحام والضجيج في السيارة

10 بعد ساعات من الطريق نعسات الأم وهيا صايكا

في الأخير فضلت العائلة تخلي السيارة وتكمل الطريق برجليها حتى ألوطيل ديال أكدز

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15 octobre 2008 3 15 /10 /octobre /2008 14:33

12-07-08 Point Intermédiaire Stage Agdz 2008

 

 

Caroline : très bien reçue dans les familles, le stage est très bien, on apprend plein de choses et la ville d'Agdz est très bien aussi.

Maryem : Tout se passe bien, et je veux bien apprendre et comprendre le théâtre Forum. Le clown, je le comprends.

Attika : Merci Aziz pour cette opportunité. On a appris beaucoup de choses. Le clown, ce personnage qui vient d'une autre planète qui englobe plus de choses que ce que je croyais vu. Le clown, j'en avais une image vue à la télé, il est beaucoup plus tendre et généreux que ça. Le théâtre image où l'on doit changer un geste et le théâtre forum où est présenté une courte fable que l'on doit essayer de modifier pour arranger un problème est une chose magnifique.

Fatima : On a appris beaucoup de choses, la différence entre le clown et le théâtre principalement.

Yvan : Belles rencontres sur Agdz, j'apprends beaucoup sur la culture et ces techniques (que je connaissais) mais ici en situation interculturelle, c’est tout autre chose,  c'est très riche.

Rachida : Merci pour cette belle opportunité, on est très chanceux de vivre cela. D'avoir connu le clown qui est un personnage de droiture et qui, au delà de la scène, peut exister dans la vie.

Anouk : L'échange interculturel est très riche à la fois dans la famille et au cours du stage à travers les thèmes travaillés. J'ai l'impression d'être vraiment dans l'interaction. Je suis ravie de découvrir la culture Marocaine que je ressens pleine de générosité et d'hospitalité.

Myriam : C'est très bien car je me sens intégrée dans la culture alors que je ne savais pas trop à quoi m'attendre. Le clown permet de se rapprocher, de travailler sur l'expression des émotions alors que le théâtre forum permet d'échanger et de travailler sur des thèmes problématiques.

Aïssa : J'étais avec Jean-Pierre plusieurs fois, à Safi, à Essaouira. Je pense avoir acquis des techniques pour travailler et communiquer avec mon environnement. Je voulais ce stage pour créer un échange franco-marocain et impulser une dynamique de développement pour la ville d’Agdz. Merci à Jean-Pierre et à vous d'être venus. Je remercie également Monsieur Aziz, le Président de l'association marocaine,

Hassan (Ait Badou) : Merci à l'association et à Jean-Pierre. Jamais je n'aurai cru connaître le clown  et pour moi, sincèrement. Alors, j'ai bien compris la différence  entre le Théâtre et le clown et j'espère poursuivre l'apprentissage de ces techniques et en faire quelque chose, développer ce travail pour en faire bénéficier la population locale.

Fati : J'aime beaucoup ces techniques que je pratique déjà, le théâtre forum et très peu le clown et j'ai pu en voir le bénéficier en terme d'action sociale. Je pensais faire beaucoup de choses mais comme vous le savez, je suis porteuse d'un enfant et ne peut en faire autant que je voudrais. J'essaye de faire ce que je peux, prendre des notes, traduire. J'aime beaucoup les gens d'ici, j'ai une famille magnifique. On parle, on rigole, c'est génial et je suis très heureuse d’être parmi vous

Stéphane : C'est une chance d'être ici et j'essaie d'en profiter un maximum. J'apprends tous les jours avec le clown et le théâtre forum. La famille où je séjourne est formidable. L'accueil est magnifique même les moustiques me font la fête. Merci à Jean-Pierre et merci au groupe.

Sophie : J'apprends tous les jours beaucoup de choses sur tout ce qui nous sépare mais au bout du compte,  qui rapproche. Le clown et le théâtre forum, c'est magique. Dans la famille c'est que du bonheur. Encore aujourd'hui, je n'ai pas les mots pour exprimer ce qu'il y a au plus profond de moi.

Hassan (musicien) : Merci Jean-Pierre pour avoir donné l'occasion d'apprendre et d'avoir mis en place cet échange. L'échange interculturel ne doit pas avoir de frontière et grâce au clown et au théâtre forum, nous dépassons toutes les barrières. Le clown qui peut exagérer certaines situations, développer les gestes, il casse les frontières. Pour le théâtre image il n'y a pas de limite car tout peut-être changé et dans le théâtre forum car n'importe qui peut prendre la place de n'importe qui. On fait participer le public et en cela on enlève des frontières. Avec ces techniques, il n'y a pas de violence mais un dialogue interculturel grâce au domaine artistique. L'art permet la médiation. Et pourquoi ne pas intégrer la danse et la musique, mélanger les arts pour vaincre les limites ? Maintenant je le crois possible

Grâce au stage, j'ai aussi compris que l'art était accessible à tous. Ce que je voudrais faire pour le festival, c'est de la musique pour montrer que tout le monde peut faire de la musique, qu'il n'y a pas de classes sociales. Merci à Jean-Pierre pour tout cela.


Betty : pour moi, cette expérience est une grande leçon d'humanité et d'humilité. Cela va changer beaucoup de choses pour moi en rentrant. A travers la découverte des techniques, je trouve très intéressant de voir et de réfléchir comment on peut se les approprier. Le théâtre image est passionnant aussi pour voir ce que chaque image suscite de différent pour chacun et qui supporte l'échange et le débat entre les participants.

Abdelkabir : J'apprends beaucoup de choses avec le clown et le théâtre forum qui est une sorte de symbole. C'est une opportunité car c'est la première fois que je découvre ces techniques. Je n'ai pas tout compris mais j'ai le minimum. Le clown est comme une autre langue de communication. On aurait bien sûr pu apprendre plus si on avait eu le temps. Avec ce que l'on a appris, j'estime que l'on pourra le transmettre quelque chose aux autres membres de l’association. Le clown est un autre être humain. Maintenant je fais la distinction entre la personne, l'acteur et le clown. Merci Jean-pierre pour ces techniques qui changent les mentalités. Ça n'existe pas ici, à Agdz, ce sont des techniques venues d'ailleurs. Maintenant je suis une autre personne, j'ai appris à mieux communiquer. Je sens aussi que le groupe est vraiment devenu homogène car maintenant je peux parler avec chacun sans complexe. Grâce à l'image et au clown, on apprend à respecter la scène et les objets, c'est à dire l'environnement, toutes les choses et les Êtres qui nous entourent

Abdelatif : Merci à Jean-Pierre pour la transmission de ces techniques. Merci aux stagiaires d'être là malgré la chaleur. L'interactivité avec le public, l'improvisation et aussi l'expression de sa culture et de sa différence par l'intermédiaire du clown, ce sont pour moi les composantes essentielles de cet enseignement.

Aude : je tiens d'abord à dire que c'est un drôle de sentiment d'être ici, c'est très fort. Aussi, la surprise de recevoir autant ... d'amour dans les familles. Je suis aussi très heureuse de ce stage et de la qualité d'investissement des stagiaires, de la finesse d'analyse vis à vis de ces techniques. J'espère pouvoir poursuivre ce travail avec l'équipe de mon association CLISMA autour d'un projet de coopération internationale sur les problématiques des migrants.

Aziz : L'objectif était que les stagiaires apprennent quelque chose.  Merci à vous pour cela, nous sommes à votre disposition pour monter des projets dans notre ville. Merci à Aïssa pour sa médiation.

Jean-Pierre : Très heureux d'être ici, le lieu est extraordinaire .... J'espère que vous, les Français vous savez en apprécier le privilège. Les gens ici sont d'une très belle énergie. On va  préparer de beauxspectacles pour jouer, travailler et être heureux ensemble.

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15 octobre 2008 3 15 /10 /octobre /2008 14:16

"FATIMA"



L'intérêt d'une telle rencontre au niveau du clown :

Pour moi, il y'a deux choses. L'intérêt du clown lors de ce type de rencontre et l'intérêt de la rencontre de deux ou plusieurs cultures au niveau du clown. Lors d'une première rencontre de deux personnes ou de deux cultures, le clown est avant tout un personnage facilitateur. Il aide à instaurer, notamment si les acteurs ne se connaissent pas, une ambiance plus détendue. Il réussit par sa simplicité à faire disparaître les angoisses, la peur de l'inconnu et les complications. Il réussit donc à rendre la rencontre équitable (on est tous dans la même situation), à embellir la première image qu'on a de l'autre.


Les clowns, n'ayant pas de préjugés, acceptent facilement l'autre et réussissent à se faire aimer par l'autre.

En dehors de l'"effet" du clown, La rencontre de deux cultures crée souvent un cocktail savoureux d'émotion, d'interrogation et d'envie d'aller vers l'autre.  La saveur de ce mélange peut néanmoins prendre un goût plus amer si le choc est trop important pour l'une ou l'autre culture (à cause des différences de perception, de réaction) ou si l'ouverture aux autres est moins évidente. On peut souffrir d'un fait culturel, ne pas accepter certains faits culturels ou être trop dans l'acceptation et ne plus savoir être bon juge.

Beaucoup de réactions nouvelles parfois étonnantes ont lieu lors de la rencontre interculturelle. Le clown, observateur, puise sa force dans toutes ces nouveautés et exprime ce qu'on ressent (même les choses les plus difficiles) de manière positive.

Il rencontre, expérimente et décomplexe même si la situation ne le permet pas. Le clown ne pourra pas accepter trop de souffrance, il essayera de la transformer.

Dans le cas où la rencontre ne concerne pas deux cultures, le clown trouve toujours des éléments extérieurs sur lesquels s'appuyer pour donner de l'amour, de l'émotion, transmettre son étonnement, ses envies, communiquer. Mais lorsqu'il s'agit de deux cultures distinctes, il a un panel très important de possibilités, de nombreux chemins à prendre. Il a plus de difficultés certes car il prend des risques (le risque de choquer, de faire peur s'il est méconnu) mais il transcende par la nouveauté. Le terrain est glissant mais les opportunités sont riches. Les points d'accroche sont plus nombreux, la satisfaction plus importante.

Lors de la déambulation dans les rues d'Agdz, mon clown n'aimait pas être seul mais il a vite réussi à rencontrer les autres. Il a fait de sa peur une force et a fait de sa timidité une passerelle vers les autres. Il a joué de l'étonnement de ceux qui l'entouraient et s'est adapté à la situation. Il a compris aisément les freins de certaines femmes à venir vers lui et a trouvé des subterfuges pour communiquer avec elles. Il a inventé des jeux qu'il ne connaissait pas, a joué au siamois et a trouvé des moyens originaux de faire rire (se cacher derrière un objet, jouer longtemps avec un ballon, jouer avec le regard…).

 -L'intérêt d'une telle rencontre au niveau du Théâtre Forum

La rencontre de deux cultures amène de nombreux questionnements. Au niveau du théâtre forum, nous avons passé de longues heures à discuter et à déterminer des thèmes de travail. La question essentielle concernait le choix de nos thèmes. Nous cherchions des thèmes communs à travailler pendant cette rencontre qui permettaient un débat intense. Nous avions finalement choisi des thèmes qui pouvaient apporter aux Marocains, des thèmes de débat issus de la culture d'accueil.

Il est vrai qu'étant donné que j'appartiens à une troupe de théâtre forum qui a déjà un panel de thèmes interculturels propres à la France, j'aurais voulu travailler sur des thèmes proches de ceux que je connaissais et qui pouvaient être communs aux Marocains. L'idée était d'avoir un éclairage de la part des Marocains sur nos thèmes liés à l'immigration tels que les mariages mixtes, l'éducation filles/garçons, l'immigration en France, etc. . Cependant, travailler sur ce type de thème s'est avéré peu porteur, surtout pour une nouvelle troupe marocaine. Les participants marocains devaient s'approprier l'outil forum et en faire un moyen de débat pour des thèmes qui leur sont propres. J'ai donc été enrichie par la naissance d'une probable troupe marocaine et ai appris des faits culturels nouveaux qui ont par la suite aiguisé mes propres thèmes de travail en France.

Néanmoins, nous avons eu des débats houleux notamment sur les mariages arrangés, mariages précoces et sur la situation de la femme. Nous avions parfois l'impression de subir les tabous et pas pouvoir les dépasser. Ma double appartenance culturelle m'a parfois aidé à comprendre et à relativiser certaines situations (par exemple, je n'ai pas été choquée par les propos misogynes des acteurs marocains)   mais cette double culture m'a parfois fragilisée et révoltée (exemple, j'ai eu du mal à accepter les blocages lorsqu'il était question de sortir une culotte en clown pour parler de l'hygiène, car pour moi, il était question de santé et non pas de sexualité).

Malgré ces quelques difficultés, le théâtre forum devient grâce à ces différences culturelles un vecteur de débat en interne, un élément d'ouverture et de compréhension. Il aide à dépasser des blocages importants et à instaurer une communication sans tabous…Cependant il a besoin de temps. L'outil a besoin d'être compris, expérimenté avant d'être présenté au grand public.

 -L'intérêt d'une telle rencontre au niveau de la découverte inter culturelle


Nous avons passé trois semaines où se sont mêlées deux cultures très distinctes. Nous avions des contacts avec les Marocains à deux niveaux : au travail et à la maison (nous vivions chez l'habitant).

Au travail, nous avons appris à rencontrer les autres, à communiquer et à faire connaissance avec leur manière de travailler. Nous avons appris à s'adapter les uns aux autres.

Le choc culturel était moins vrai pour moi (je suis Algérienne d'origine). Cependant, la différence de perception était quand même présente. Je ne me sentais pas appartenir au groupe marocain mais plus au groupe français surtout parce que ma vision de la société, de l'homme et de la femme, de la religion, de l'échange, de l'éducation et de la justice était plutôt française. Cependant, je comprenais plus aisément la pensée de mes collègues marocains.

Dans les familles, je m'étonnais de la grande générosité, de l'accueil chaleureux et de la vie de « princesse » que nous proposaient nos familles. Nous avions beaucoup à apprendre au niveau de l'hospitalité. Nous avons apprécié de faire partie de ces familles, de communiquer avec les parents et les jeunes. Nous avons eu des discussions très longues et intenses sur la culture française, sur la femme en France, qui travaille et qui apporte à son foyer. Nous avons parlé de notre perception de la liberté et apprécié l'engouement de certains jeunes lors de ces discussions.

Nous avons échangé énormément et avons passé de longues soirées à se raconter, à se découvrir et à s'accepter. Nos familles étaient modestes (voir pauvres) mais avaient beaucoup à donner. Je me rappelle des moments tellement riches où on se partageait quelques dattes au petit déjeuner, ou des moments où les femmes nous habillaient en tenue traditionnelle. Des moments inoubliables (voir photos).

Cette expérience était très enrichissante au niveau personnel et au niveau professionnel. Je pense que ce n'est pas la dernière.

Fatima BEZLI, actrice de la  Troupe "Ficelle"

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15 octobre 2008 3 15 /10 /octobre /2008 13:51

MYRIAM


Parcourires le monde – Agdz – Juillet 2008

 

 

Cela faisait plusieurs années que je suivais les activités de Caravane théâtre, de loin, sans oser me lancer, car c’était pour moi le summum de tout ce qui se fait : c’est dire si mes attentes étaient grandes et mes craintes d’être déçue aussi.

Heureusement, il n’en fut rien, ce séjour fut très riche et très marquant, beaucoup de sensations difficilement traduisibles avec des mots, mais ce qui est clair c’est qu’il y aura un avant et un après !

 


Le clown, grâce à l’expression de ses émotions, rapproche tout le monde au-delà des différences. J’aimais d’instinct ce personnage sensible et naïf mais l’avoir côtoyé de plus près en a fait un compagnon précieux avec qui j’espère faire encore du chemin…

Le théâtre-forum entraîne des discussions de fond sur des sujets importants, amène à chercher ensemble des solutions aux problèmes rencontrés par les uns ou les autres. Le théâtre-images aussi, bien sûr, tout en rendant compte de la symbolique des gestes et attitudes : j’ai eu de grandes prises de conscience grâce à ce langage universel…

Très enrichissant d’être avec des personnes engagées, et surtout, qui croient pleinement à ce qu’elles font ! Quant au partage de la vie des familles berbères on ne pouvait rêver mieux comme cadre de séjour. Accueil chaleureux, rencontres inoubliables, nuits à la belle étoile, simplicité et absence de superflu, vie au plein air, artisanat… il y a bien sûr des traditions qui révoltent l’occidentale que je suis mais il y a aussi un équilibre de vie impressionnant dont on aurait beaucoup à apprendre.

La rencontre des cultures nourrit-elle la pratique théâtrale ou bien est-ce l’inverse ? en tout cas le mélange est réussi. Le principe de Parcourires le monde condense l’essentiel à mes yeux : relations humaines, découvertes, émotions, interculturel, expression artistique, réflexion sur la société et action pour la faire évoluer…

Le programme est très chargé et très riche, avec sa dose de difficultés, mais les moments de bonheur et le sentiment d’avancer prennent largement le dessus.

Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas sentie autant en accord avec moi-même…

En bref, un grand voyage d’un point de vue humain, culturel, émotionnel (etc) et un peu le sentiment de frustration à la fin, par l’interruption de cet élan si positif… trois semaines, c’est long, et c’est court !

Mais cela laisse des graines d’espoir, d’énergie, de confiance, de folie, d’amour, de force, de persévérance (et j’en oublie sans doute…) : il s’agit maintenant d’entretenir des conditions favorables pour qu’elles s’épanouissent !

 

 

Myriam

 

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15 octobre 2008 3 15 /10 /octobre /2008 12:28

CAROLINE

 

Quand faut y aller…nous….on y va … !

 

Après beaucoup d’hésitations, adieu mari, enfants, Pays Basque… et nous voilà dans l’avion direction Marrakech sans trop comprendre ce qui nous arrive.

Après un long voyage en bus à travers l’atlas, nous arrivons à Agdz, petit village du sud marocain, aux portes du désert…. D’ailleurs la chaleur est bien au rendez vous. D’emblée, les différences nous assaillent : couleurs, odeurs, mode de vie aux antipodes des nôtres. Nos certitudes vacillent…

 

L’accueil dans les familles :  enchantée...

 

Une famille berbère m’accueille dans sa maison. Il s’agit d’une partie de la ville composée de maison en terre dont les terrasses en hauteurs communiquent et on peut ainsi se déplacer par les toits pour se rendre chez un voisin.

Il est tard, j’ai envie de dormir, on m’a servi du thé des gâteaux, j’ai sommeil, mais je ne savais pas qu’après la prière  vers 23h, en fait on mange ! Premier repas autour assis autour d’une table basse, les hommes mangent à part. On me donne une cuillère mais zut, je me suis trompée de main, c’est avec la droite !

On me tend le verre où tout le monde boit, que faire, on m’a conseillé de ne boire que de l’eau en bouteille, mais refuser est trop difficile, je ne veux pas les vexer. De toute façon, au cours du séjour, il fera tellement chaud que j’ai bu pratiquement tout ce que l’on me propose : thé, eau coca…

Où est la douche ? Ah, c’est dans les toilettes avec un seau. Enfin, on m’installe un drap sur le tapis et je peux enfin dormir à la belle étoile.

 

Au fil des jours je découvre nos différences : d’abord enchantée  par l’accueil qui m’est réservée, je m’enthousiasme sur leur mode de vie. Prise en charge par les femmes de la famille, je vais avec elles boire le thé chez les voisines, m’installe de longs moments sur le tapis, bercée par leur conversation. On essaie de se comprendre, une ou deux parlent un peu le français. On s’explique par des gestes et les fous rires arrivent. Un soir, je rentre du stage, la gamine m’attend me prend par la main et m’entraine je ne sais où. Quelques rues après, elle me pousse dans l’entrée d’une maison emplie de femmes. Une me guide jusqu’à une autre et ainsi de suite, la maison est pleine à craquer et je me retrouve au beau milieu de la cour centrale. Ouf, je reconnais Neîma, elle rigole de ma tête ahurie, en fait je suis en plein dans une soirée réservée aux femmes lors d’un mariage. Les tambourins résonnent, elles tapent dans leurs mains. C’est beau de voir toutes ces femmes dans des robes magnifiques, avec leurs plus beaux foulards. C’est un océan de couleurs. D’un coup, je réalise, je suis en jean et t-shirt manches courtes, la tête découverte. D’ailleurs, bon nombre de regards sont braqués sur moi, de la curiosité mêlée à de l’amusement dans leurs yeux. Je murmure à Neima : je ne suis pas habillée comme il faut, je n’ai pas de foulard. Elle me sourit : « ce n’est pas grave, ici tu es mon amie… » Merci Neima.

Je suis touchée par la solidarité et la convivialité qui règne ici. Je retrouve cette notion de temps. Le temps de ne rien faire, le temps de se laisser porter… Moi qui suis mère de famille avec de prime un travail, j’ai l’habitude de gérer, de contrôler les événements. Ici, je suis dans un autre monde, j’ai perdu mes repères.

 

Ah ! L’interculturel….

 

Au début, j’avoue que cela  a été très dur, cette sensation de ne plus rien maitriser. Que ce soit auprès de ma famille, qui se débrouille très bien sans moi à mille kilomètres ou bien ici chez mes amis marocains qui me prennent complètement en charge. Puis peu à peu, je me laisse happée par ce rythme, calme et lent où l’on n’a peu de prise sur les événements. Des situations qui en France m’aurait fait bouillir de colère, me laissent ici plus sereine. Un exemple : les spectacles que nous devront jouer doivent se produire en fin d’après midi, nous ne les jouerons jamais avant 23 heures au moins…

C’est un aspect du séjour qui m’a le plus marqué et aussi changé. Notre façon de vivre à nous, souvent pressés, dans l’activisme et la consommation, je me suis promis de garder de cette expérience cette façon de se laisser porter, de faire confiance, de vivre le temps.

 

Les dures réalités d’ici et de là-bas

 

Mais ce coté agréable de leur vie communautaire a vite révélé son autre face. La réalité de la condition féminine notamment m’a émue profondément. Que ma vie de femme et de mère est à l’opposé de la leurs ! Je prends pleinement conscience de la liberté que j’ai et du devoir de la préserver. En effet, ces femmes sont sous l’emprise de leurs maris et de la société, elles sont là pour servir leurs maris et élever leurs enfants. Pas question de faire des études, elles n’ont pas accès à la culture. De même, leurs sorties se limitent aux proches voisinages. Parler de weekends, de vacances, de voyages ?  Un jour lors du stage, nous devions mimer deux clowns en voyage. Nos deux stagiaires marocaines sont certes parties…mais travailler dans le village voisin !

Un autre fait révélateur de cette situation se passe un soir : je me rends à la fête du quartier voir un de nos amis marocain qui doit se produire avec son groupe. Arrivé là, quelle surprise, les hommes sont assis sur un tapis, les femmes sur un autre à l’opposé.  Personne ne danse, personne n’applaudit…

 

Le stage proprement dit

 

 Nous avons commencé par apprivoiser notre clown. Jean Pierre me donne un nez rouge et voilà, je suis qui maintenant ? Un peu moi-même, un peu différente…. Je découvre peu à peu ce plaisir de faire rire, moi qui suis plutôt de nature réservée. Le clown est aussi là pour dire des choses, à sa façon, sensible, émotive, triste ou joyeuse mais jamais méchante. D’ailleurs,  un jour il m’a été utile. Lors du repas du midi, un des participants marocain me dit de façon très sérieuse que les femmes sont inférieures aux hommes. Pour lui, c’est un état de fait et rien ne peut le faire changer d’avis. Sa position m’agace certes mais je vois bien que la discussion ne mène nulle part. L’après midi, je me retrouve avec lui dans un exercice de clown. Les consignes sont simples. Un clown, ce sera moi, entre sur scène et attend. Quelques minutes après, l’autre clown arrive et arrive ce qui doit arriver. Sans l’avoir calculé, je me trouve à faire la fiancée offensée qui attend son promis. Et au fil de jeu, il se mettra à genoux devant moi, m’offrant tout ce qui lui tombe sur la main pour se faire pardonner ! 

 

Déambuler dans les rues du village !

 

Mais le moment le plus fort reste la déambulation. Nous avons passé quasiment trois heures en clown à défiler avec les associations locales. Quel plaisir et que d’émotions ressenties alors ! Voir les sourires des enfants et adultes, leurs regards étonnés et ravis, on est vraiment dans le plaisir de don et de l’échange.

 

Le « Théâtre Images » et le « Théâtre Forum »

 

Ce qui m’a toutefois le plus plu est le théâtre image et forum. J’ai vite compris l’intérêt de se servir aussi du clown dans ses techniques. J’ai endossé le rôle d’une femme soumise à un mari violent et dont la fille essaie de se rebeller. La mère ne l’aide pas, elle l’incite même à accepter sa condition en finissant sur un résigné : ma fille c’est comme ça la vie. En travaillant les personnages et en observant la réalité des femmes la bas, j’ai pu commencer à comprendre cette acceptation de leur sort, chose qui nous paraissent à nous tellement insupportable. Les préjugées et tabous sont tellement nombreux là bas, mais il ne suffit pas de juger pour faire avancer les choses. De vivre cette situation par le théâtre m’aidera certainement dans mon travail d’éducatrice afin de mieux saisir appréhender certaines situations difficiles.  

Les représentations

 

Nous avons donné trois représentations, la première fut terrible : je jouais du coté où étaient assis les hommes et j’ai ressenti avec force leur hostilité. Je voyais bien qu’ils étaient d’accord avec l’homme qui était mon mari dans la pièce. J’étais tellement déroutée que je me suis trompée dans ma réplique. Merci à mon collègue marocain d’avoir rattrapé cela !

Les deux dernières se sont bien mieux passées et j’ai pu observer l’impact que pouvait avoir cette forme de représentation.

 

Je n’oublierai pas nos discussions et les débats que cela à engendrer. 

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15 octobre 2008 3 15 /10 /octobre /2008 11:59

Stéphan

Mes premiers pas au Maroc 


Marrakech premier pas sur le sol marocain, ça y est je suis en Afrique après avoir tant douté à cause d’un passeport délivré deux jours avant le départ mais j’y suis bel et bien… quelques images : l’aéroport, le petit taxi qui se fraye un passage à grands coups de klaxon dans la circulation, ça passe de justesse, ça double par la droite, ça crie ça s’insulte aux carrefours mais ça passe toujours, ensuite le vieux porteur chargé d’acheminer nos bagages jusqu'à l’hôtel, la place  Jama El Fnaa étant interdite aux taxis à partir d’une certaine heure, en avant à travers la foule, le bruit, les odeurs de la place, les vendeurs à la sauvette qui vous interpellent à chaque pas, les petites rues étroites jusqu’à l’hôtel Sindi sud, la nuit sur la terrasse et le premier contact avec le muezzin de la mosquée voisine vers 3h du matin…



Départ de Marrakech le lendemain, 6 heures d’un trajet sur une route qui serpente à travers des paysages désertiques, plus on monte plus les ravins sont profonds forcement, le chauffeur roule un peu vite, j’essaie de ne pas y penser quand on flirte avec le bas coté ou qu’on double en en plein virage… Voilà Ouarzazate,  déjà le bout du monde pour moi qui n’ait donc jamais mis les pieds hors d’Europe, un nom que j’ai souvent entendu, c’est donc ça mais on ne verra malheureusement pas grand-chose à part la gare routière pour un arrêt de quelques minutes donc… 60 kilomètre plus loin, voilà enfin Agdz, ce point sur la carte devenu réalité, Agdz et son un petit air de « Far-West » américain certaines après midi avec la poussière, les rues désertes et les ânes qui remplacent les chevaux.

 

 Nous sommes accueillis par Jean Pierre à la descente du bus,  un petit taxi nous emmène à l’association qui sera notre « quartier général » durant le séjour suivra La rencontre avec nos collègues dont à ce moment là je ne sais rien de plus de ce que j’ai pu lire sur les fiches en ce qui concerne les français. Ils sont absents,  on patiente au siège de l’association, on nous informe qu’ils sont partis à la piscine, enfin la rencontre Marocains et Français, avec nous qui sommes arrivés un jour plus tard la troupe  au complet : Sophie, Caroline, Anouk, Betty, Myriam, Yvan Attika Fatima Rachida Mariam les deux Hassan Abdelkabir, Abdelatif, Aïssa et puis nous désormais Fatima Aude mes amies de La troupe Ficelle…

Après les discours de bienvenue et les présentations d’usage direction chez Hassan en sa compagnie, je vais loger dans sa maison durant le séjour, Hassan qui sera mon binôme et qui sera plus qu’essentiel pour moi pendant le séjour,

Hassan et sa grande famille qui compte une vingtaine de membres dont je vais mettre un peu de temps à retenir tous les prénoms ….

Première nuit à la belle étoile ce soir là  on dormira tous ensemble sur la terrasse, hommes femmes et enfants…

 

Tamnougalte 

 

Avant d’y arriver c’est déjà un peu l’aventure chaque matin puisqu’il faut  s’entasser dans le vieux van de notre chauffeur Kadir puis emprunter la route jusqu’à la Tamnougalte,  à quelques Kms d’Agdz, ça secoue un peu, ça chante beaucoup.

 Le ksar ou village fortifié de Tamnougalte, un lieu qui porte bien son nom puisqu’en berbère cela signifie « lieu de rencontre ».  C’est une chance de disposer d’un tel endroit, un vrai décor de cinéma mis à disposition par AHmed le locataire des lieux, on nous dit que certains films ont été tournés ici dans les ruelles étroites. On croit l’endroit abandonné mais il ne faut pas s’y fier au détour d’une porte  laissée entrouverte on aperçoit qu’il y a bien des familles qui vivent ici même si la plupart des gens on préféré s’installer dans la ville nouvelle et des constructions plus récentes un peu plus bas.

 

Les journées s’enchaînent passées à improviser, à faire des exercices collectifs qui nous permettent de mieux nous connaître, de travailler notamment l’écoute, le regard à apprendre ou reprendre les bases du clown et du théâtre forum, bref travailler ensemble pour arriver à monter un spectacle qui tienne la route. C’est pour ça qu’on était là, se former, travailler jouer ensemble puis laisser l’outil à nos collègues marocains pour qu’ils poursuivent le travail sur place..

A l’étage  la famille d’AHmed nous observe d’un œil amusé se demandant sûrement à quoi on peut jouer déguisés ainsi avec nos nez rouges, un choc des cultures mais dans la joie et la bonne humeur.

La vie ensemble

 

La bonne marche d’un groupe est dépendant de chacun évidemment, il faut apprendre à faire des concessions accepter que quelqu’un soit fatigué un jour, les sautes d’humeur de chacun, être là quand quelqu’un à un coup de cafard ce qui est arrivé à pas mal d’entre nous pour les « français » éloignement aidant je pense, s’entraider former une équipe voilà ce qui est intéressant,

 Concernant ma famille d’accueil dont beaucoup de membres parlaient uniquement berbère et arabe, la seule difficulté consistait à se faire comprendre lorsqu’ Hassan mon binôme n’était pas là avec moi. Avec quelques signes et deux ou trois mots de français j’y suis arrivé mais dans ces moments dur d’avoir une vraie conversation malheureusement. Un  des regrets du séjour est ne pas avoir posé plus de questions quand l’occasion se présentait lors des repas avec toute la famille ce qui était plutôt rare par ailleurs. En étant souvent invité à dîner ailleurs ou en rentrant assez tard il m’est arrivé de me coucher le ventre vide histoire de ne pas me déranger les femmes qui étaient déjà couchées, ce qui n’allait pas manquer de faire Hassan pour me rendre service si j’avais avoué que j’avais faim. Avec la famille on ne fait parfois que se croiser puisqu’ on part tôt le matin et qu’on revient tard le soir mais durant  les moments passés avec eux j’ai pu mesurer leur sens de l’hospitalité. D’ailleurs une des choses qui m’aura marqué sur place c’est la générosité et le partage, venir à n’importe quelle heure chez quelqu’un qui va vous offrir à manger, un thé, se démener pour me rendre service comme l’a plusieurs fois fait Hassan mon binôme par exemple.

 

L’inter culturalité  

 

C’est l’un des intérêts de ce projet c’est  avoir la chance de vivre pendant quelques semaines au rythme des habitants D’Agdz, on prend ses habitudes, on à ses points de repère avec le bar ou l’on se retrouvait tous en fin de journée autour d’un jus d’orange, l’épicier du coin ou on va s’approvisionner en eau minérale, et puis les enfants qui m’ interpellent en m’ appelant Stifane, tous ces gens qu’on salue, qu’on reconnaît et avec qui on entame la discussion alors qu’en France je ne connais même pas le nom de mes propres voisins…

 

A travers nos collègues marocains grâce à ce stage on appréhende ainsi mieux les réalités d’un pays à travers eux, on apprend on s’adapte aux habitudes, c’est un échange entre les cultures de nos pays respectifs, ils me font partager leur mode de vie, leurs traditions, on me donne à voir à écouter à comprendre  et j’essaie de leur donner à mon tour, ce que je ressens, ce que je sais comment je vois les choses en tant qu’européen, ce que je suis en tant qu’homme parfois en jouant ensemble…


Le Défilé  

 

Jour de fête à Agdz, le grand défilé des associations  qui est un moment important du festival,  nous faisons partie de l’événement en tant que clowns nous mêlant à la fête. J’avais une petite appréhension concernant la réaction des gens, face à ce personnage au nez rouge alors qu’ils ne s’attendaient pas forcement à nous voir. Le début à été un peu laborieux étant donné que juchés dans des charrettes tirés par des ânes nous avons d’abord traversé des rues plutôt désertes, pas facile de se mettre dans la peau du clown quand il n’y a quasiment personne avec qui communiquer, les premières personnes étaient assez peu réceptives, se contenant de lever la tête à notre passage d’un air indifférent. Tout est rentré dans l’ordre quand nous avons retrouvé le défilé qui avait débuté sans nous un peu plus loin, la plupart des personnes ont joué le jeu : jeunes vieux plus les femmes que les hommes un peu plus distants, certains m’ont ignoré de rares personnes se sont contentés d’un regard de désapprobation en me faisant signe que j’étais fou. Les ados ont été assez durs à convaincre, certaines vieilles personnes étaient elles enthousiastes et m’ont dit que c’était magnifique.  Il faut aller chercher les gens, vaincre sa propre timidité et son appréhension pour découvrir ce qu’il y avait autour de soi, s’amuser avec  des éléments comme les voitures qui passent, les cyclistes, les instruments de musique…

 

Un détail à retenir pour la prochaine fois avec ma tenue de clown  puisque j’avais voulu être habillé de rouge quasiment de la tête aux pieds ce qui impliquait de porter un blazer et une chemise de la même couleur, une idée que j’ai vite un peu regretté avec la chaleur- on nous annoncera ensuite qu’il faisait plus de 42° cet après midi là - comme quoi une bonne idée en théorie peut se révéler vite devenir mauvaise en pratique.

En tout cas les plus de deux heures du défilé ont filé à une vitesse incroyable, tout le monde a fini à bout de force et assoiffés mais heureux d’avoir vécu ce moment ensemble.

Pour le clown, ce que j’aime c’est arriver à  oublier qui je suis et à le faire oublier aux autres, je suis un personnage habillé de façon bizarre avec un nez rouge,  quelqu’un d’autre mais avec forcement un peu de moi qui apparaît de temps en temps. L’intérêt c’est de se comprendre avec l’autre par le regard par les gestes sans parler parfois, d’improviser de créer une complicité à partir de pas grand-chose, de tirer sur un petit fil invisible et de dénouer une sorte de pelote qui devient une petite histoire… Un clown qu’il soit en France ou au Maroc  est compris par la plupart des gens, ils sont attendris, amusés de le voir alors qu’à Agdz ils n’en avaient jamais rencontrés pour la plupart. Le clown peut aller partout il ne sera jamais perçu comme agressif je pense, il invite à redevenir un peu enfant par son coté naïf, c’est encore un échange je donne et je reçois mille fois plus parfois comme lorsque on me met un bébé dans les bras pendant le défilé ou que j’arrive à improviser avec un spectateur et qu’il entre dans mon jeu…C’est ça aussi le plaisir d’être clown, on ne sait jamais comment ça va se passer mais on y va quand même 

 

La tournée théâtrale

 

C’est en quelque sorte la récompense après les deux semaines de travail en commun, elle débutera à Tasla à une vingtaine de kilomètres d’Agdz.

Une des choses que j’apprécie dans le théâtre forum c’est le fait de pouvoir jouer partout, comme un cirque on arrive dans un lieu, on déploie la tente qui sert de fond de scène, on prépare le matériel les gens sont déjà là autour curieux à se demander ce qui va se passer, attirés peut  être par une rumeur qui à courue dans le village que nous allions proposer un spectacle de variétés française. Le théâtre forum peut être vue de deux façons par les personnes je pense, certaines vont être touchées par la situation, se projetterons sur ce qu’ils voient sur scène, vont essayer de trouver des solutions, se libérer à travers le fait de pouvoir s’exprimer en changeant les choses, réfléchir pendant ou peut être après. Et puis certains  y verront  juste un divertissement et s’amuseront de pouvoir monter sur scène et changer les choses à leur guise. 

Le  déplacement jusqu’à Tasla fut épique avec un souci de transport qui obligera l’équipe à venir en deux temps à quelques heures d’intervalle, ensuite ce fut le terrain à aménager avec un sol à aplanir, les caprices du vent nous obligeant à amarrer la toile solidement et à bien lester les tapis… Le «  spectacle » qui devait initialement commencer à 18 heures débutera finalement vers 01 du matin, jouer, ne pas jouer, plus l’heure avançait et plus la question se posait devant le peu de spectateurs et surtout de spectatrices ce qui est qui est gênant pour faire du  théâtre forum qui évoque la condition des femmes. Il y eut aussi nos collègues actrices marocaines disparues sans prévenir une bonne partie de la soirée et qu’on à finalement retrouvées alors qu’elles assistaient  à un mariage qui se tenant dans le village ce soir là. Et puis voilà vers 1h  du matin alors que l’on y croyait plus vraiment  les gens sont arrivés peu à peu : les hommes les enfants et plus timidement les femmes, tous se mettant en place chacun de leur coté. J’ai souvent entendu dire que le théâtre forum ça marchait partout mais qu’on ne savait pas pourquoi, la preuve à Tasla ou dès les premières images et notre entrée sur scène les gens ont applaudi,  oubliée la fatigue et les heures d’attente c’était parti finalement.

De derrière les rideaux pendant le théâtre forum je guettais les réactions, il y avait les rires les rires, les applaudissements mais pas toujours au moment ou l’on s’y attend le plus… Ainsi lors du théâtre forum intitulé d « la famille idéale » ou le mari oppresseur avait beaucoup de succès auprès d’une partie du public masculin qui avait l’air d’approuver son attitude envers sa femme soumise jouée par Caroline, une épouse dont la situation leur semblait presque logique.

Le lendemain à Tamnougalte, autre lieu, problème de communication puisqu’on jouait dans le ksar la partie ancienne de la ville délaissée par la population pour la ville nouvelle situé un peu plus loin, or les habitants  n’étaient pas prévenus de notre arrivée, ce qui occasionna encore un peu de retard.  Souvenir étrange ce soir là entre des coulisses plongées dans le noir  improvisées à l’arrière d’une échoppe de souvenir avec un public et des intervenants uniquement  masculins et des femmes  reléguées loin sur les terrasses des toits à bonne distance.

Agdz dernier spectacle de la tournée, c’est La date importante pour nos amis marocains puisqu’ils jouent à domicile, devant leur famille, et même devant chez Hassan puisque la scène est littéralement montée sur la place sous les fenêtres de sa maison. Ce sont les derniers moments de notre séjour, un malentendu sur l’horaire puis la prière du soir, un autre mariage à proximité et voilà encore le début de la représentation repoussé de quelques heures. Pour attirer du monde en attendant Anouk et son accordéon improvise en chantant. Nous sommes dans les derniers jours du stage et la fatigue se fait plus vivement ressentir, à tel point que j’ai presque  moins envie de jouer ce soir là. Et puis malgré tout, malgré l’heure tardive il faut y aller, le public est arrivé en nombre, femmes et enfants sont d’un coté les hommes de l’autre comme lors de chaque manifestation. D’abord les images puis vient « la famille idéale » et enfin c’est le tour de mon équipe de  « la petite bonne «. La petite bonne c’est l’histoire d’une jeune fille louée par ses parents sans argent à une famille riche. Mon rôle de frère égoïste qui ne veut pas travailler et préfère étudier est assez court puisque la seule phrase, apprise phonétiquement non sans mal,  que j’avais à dire était en arabe. L’histoire étant jouée en arabe je devais attendre le mot madrasa (qui signifie école) prononcée par ma sœur jouée par Atika pour me lancer dans ma tirade. tout était bien calée sauf que le premier soir à Tasla Atika et Hassan se sont mis à improviser en berbère, et moi de guetter « madrasa » mon repère qui n’arrivait pas et que leur dialogue me semblait durer beaucoup longtemps que prévu, je commençais à m’inquiéter quand j’ai senti le regard insistant d’Atika sur moi, c’était mon tour : «  je ne veux pas aller travailler, je veux aller à l’école, je ne veux pas finir comme toi » une phrase simple à priori mais en arabe et le stress aidant je me suis levé j’ai décrié…un début de phrase et puis trou de mémoire, j’ai déplié un petit papier (mon antisèche)  jeté un coup d’œil rapide, retrouvé le fil et j’ai continué en faisant une sortie sous les applaudissements, les gens avaient l’air d’avoir compris ce que j’avais dit même si mon personnage à priori ne méritait pas tant d’égards…

J’aurais regretté de pas jouer ce soir là à Agdz puisque tout se passera bien avec de nombreux remplacements, des échanges nourris et puis une belle fin tous ensemble en musique avec le public sous des applaudissements nourris.

 

L’intérêt d’une telle rencontre

 

Au niveau du théâtre forum et du clown pour moi qui pratique les deux depuis peu de temps finalement c’était de consolider et de renforcer les bases de ce que je connaissais, je suis aussi parti dans l’idée de me faire plaisir en allant jouer au Maroc avec des marocains et des français dans un endroit magnifique, cela  en connaissant le travail qui nous attendait et en étant conscient que ça n’allait pas être des vacances de tout repos… L’intérêt c’était aussi de faire partie d’un projet  qui pour ce stage se finirait avec le résultat final qui était la tournée, pour les marocains l’aventure devrait se prolonger avec la création de leur troupe… Avant ce stage par contre je n’avais pas l’idée de joker, je ne pensais pas avoir assez de « bagage » ou de qualités pour ça mais l’idée à germée pendant ce séjour, peut être un jour pourquoi pas essayer, juste essayer si j’en suis capable… 

 

 

Donc voilà pendant trois semaines nous avons formé une troupe franco marocaine ou inversement, on à du faire des concessions pour s’organiser,   s’adapter aux contraintes comme la langue (arabe et berbère) qui nécessitait parfois une traduction pendant les séances de travail, on à travailler sur certains sujets graves  propres au pays comme la situation de la femme avec la « femme idéale » le problème des filles louées à des familles riches comme dans  « la petite bonne » ou plus léger avec la « prévention routière, d’autres sujets auraient pu êtres abordés comme les mariages arrangés, les problèmes d’hygiène ou la prévention du sida mais ils ont été laissés de coté  face à la réticence de certains membres de la troupe. Il faut comprendre que si certains sujets ou certaines actions en tant que français nous semblent « banals » ils sont plus difficiles à aborder dans un pays comme le Maroc, comme montrer une simple culotte pour l’hygiène ou un préservatif.  C’est ça l’intérêt d’une telle rencontre,  être ensemble, travailler ensemble, débattre, exposer nos arguments, recevoir ceux des autres, s’adapter, arriver à former un groupe avec des gens qui ne se connaissaient pas que ce soit les français ou les marocains.  

Plus égoïstement un tel stage c’est trois semaine de bonheur, une expérience que jamais plus peut être je ne revivrais, avoir l’opportunité découvrir un pays de cette façon, répéter dans un endroit comme Tamnougalte, y faire du clown, improviser, travailler, avoir comme récompense  de tout ça de faire une mini tournée et de montrer tout ce que l’on avait préparé, lancer une réplique en arabe devant une centaine de personnes, défiler en clown, vivre une expérience de groupe avec tous ces moments qui me redonnent le sourire quand j’y repense, et puis et puis…

 

La fin du stage

 

Déjà trois semaines, départ en bus au petit matin, les au revoir avec quelques larmes, au revoir Agdz, la montagne du djebel Kisane qui s’éloigne, dans quelques heures ça sera Marrakech puis le retour en France,  la fin d’une belle aventure les souvenirs pleins la tête, je reviendrai inch’allah…

 

 

 

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15 octobre 2008 3 15 /10 /octobre /2008 11:33

Anouk animatrice « socio-culturelle » Agdz, juillet 2008

Suite à la grande et belle aventure indienne en août 2007 avec « Caravane-Théâtre », « Parcourires Le Monde » je brûlais d'envie de renouveler l'expérience  le plus tôt possible et sur un nouveau territoire.

Je suis animatrice socio-culturelle et utilise dés que possible cet outil fantastique qu'est le théâtre de l'Opprimé.

Coïncidence ! L'association dans laquelle je milite entretient un partenariat avec le Maroc et avait déjà monté un projet avec l'association d'Agdz...

Le projet m’intéressait pour cette culture berbère que je ne connaissais pas et souhaitais découvrir, pour la première fois, et l'idée de peut-être assister à la naissance d'une toute nouvelle troupe de Théâtre-Forum dans un bled de la vallée du Drâa m'enthousiasmait au plus haut point!

De cette nouvelle expérience, j’attendais des rencontres, la découverte d'une autre culture, d’apprendre toujours plus sur le clown et les techniques du « Théâtre Forum »...et de retrouver la magie du voyage... évidemment, je n'ai pas été déçue!

Le clown pratiqué hors de nos frontières, prend une dimension particulière: en début de stage, il permet de dépasser en douceur des barrières culturelles, de découvrir l'Autre dans son intégralité avec ses qualités et ses faiblesses, et d'en rire ensemble de bon cœur grâce à l'innocence et à la bienveillance qu'il réveille en chacun. Avec le clown, plus de problème de langue: c'est le corps tout entier qui traduit les sensations, se rapprochant ainsi d'un langage universel.

L'apothéose des clowns métissés c’est pour moi l'instant de la déambulation, où les joyeux fauves sont lâchés dans le village et partent à la rencontre des autochtones surpris .C'était pour moi la deuxième déambulation, et comme après la première, je l'ai terminé en me disant: « Encore! ».

Entassés dans des petites charrettes tirées par des ânes, nous avons remonté la rue principale du village en musique. Notre parade clownesque s’est jointe à la parade d'ouverture du festival d’Agdz.

Ce fut un véritable feu d'artifice d'émotions! En effet ce personnage étrange, car propre à notre culture occidentale provoque des réactions souvent inattendues, parfois de rejet si la peur prend le dessus ou que le clown est un peu trop brusque dans son approche; comme ce groupe de femmes qui dans une grande colère, voulaient que j'ouvre en deux mon accordéon pour voir si je ne cachais pas un appareil photo à l'intérieur!

Dans le cas d'un état de surprise positif, une relation très profonde peut s'installer l'espace d'un instant et la confiance peut aller jusqu'à confier un bébé dans les bras du clown penaud, maladroit et très ému...

Le « Théâtre Forum » ou « Théâtre de l’Opprimé »                                                 Un outil à la fois politique, social, artistique et thérapeutique...

Dans ce théâtre, plus de quatrième mur, plus de spectateurs mais des spect-acteurs; On y met en scène des situations concrètes illustrant des problématiques sociales et/ou politiques concernant le public qui peut alors agir dans l'espace scénique, espace symbolisant ici la réalité.

Pratiqué en interculturel, il permet d'avoir une approche analytique du fonctionnement sociétal d'une population et donc de mieux comprendre les enjeux pour mieux agir.

Ce qui a été passionnant dans l'expérience d’Agdz, ce sont les nombreux débats qui ont eut lieu concernant les tabous qu'il était possible de mettre en scène...ou pas.

Le sujet le plus délicat a bien évidemment été la condition de la femme dans la société traditionnelle: le sujet était à prendre avec des pincettes, ainsi certaines scènes ont pu être jouées à condition qu'il y n'y ait que très peu de contact physique entre les sexes opposés, et d'autres comme l'évocation du SIDA ont été littéralement refusées par les marocains.

Pour moi, c'est le Théâtre-Image qui a le mieux fonctionné: l'image créée était symboliquement très forte, le public a très vite interagit et tous les acteurs, Français comme Marocains, nous étions réellement sur un même pied d'égalité puisqu’on n’utilise pas la parole dans les images.

Durant les scènes de Théâtre-Forum, la barrière de la langue s'est faite sentir: il était difficile de réagir aux interventions d'un public s'exprimant en berbère, même si Abdelatif tentait de traduire le plus vite possible, il était souvent trop tard pour rebondir...mais, ceci dit, ce fut du coup très formateur!

Juste un petit mot sur ma « famille d'accueil » marocaine: j'ai été accueillie avec toute la généreuse hospitalité berbère dans une maison de femmes et d'enfants         ( la mère, ses trois filles, les cousines...).Grâce à elles, j'ai pu goûter aux joies de retrouver sa profonde féminité, de dormir sous les étoiles avec toute la famille, d' apprendre à faire un tajine, de parler en riant de nos vies si différentes et surtout d'assister à des mariages...une réelle immersion dans leur culture.

Le concept de voyage réalisé par Caravane théâtre est une réelle alternative au tourisme destructeur et colonialiste:

-en vivant dans des familles, on ne cautionne pas les grosses firmes hôtelières

-en utilisant le clown, on pose une atmosphère de rencontre positive et fondée sur la bienveillance et l'ouverture

-en utilisant le théâtre forum, on tente une analyse, une compréhension et une conscientisation des problèmes de société de la culture de l'autre et on essaye de proposer des alternatives, ensemble...

 

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8 octobre 2008 3 08 /10 /octobre /2008 15:28


Parcourires Le Monde à AGDZ Maroc juillet 2008-09-24

 

En décembre 2007 Aïssa mon ami Marocain avec qui j’ai déjà travaillé à Essaouira et à Safi est récemment nommé professeur d’Art plastique à Agdz. Il me propose de venir le rejoindre.

Je  « re » découvre la vallée du Dra est une superbe région. J’avais il y a quelques années parcouru cette région  durant mes années de professeur de « Français-coopérant » passées à Casablanca. Je « re » trouve Agdz, magnifique village, si  pittoresque et tellement typique du sud marocain. Avec mon ami Aïssa, nous contactons les associations locales. Elles se montrent tout de suite très intéressées par les techniques du clown et du théâtre forum. Son président  est à la recherche de nouvelles techniques pour son équipe d’animateur. Le théâtre forum lui paraît une sérieuse opportunité pour développer des actions de sensibilisation de la population des villages environnant à la préservation de l’environnement, aux problématiques de la santé et à la citoyenneté.

 Il n’en fallait pas plus pour se lancer une nouvelle aventure et « ParcouRIRES » la vallée du Dra  et l’amitié

franco-marocaine 

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21 juin 2008 6 21 /06 /juin /2008 15:37

 
Jana Sanskrity se composait d’une équipe centrale d’une douzaine de membres et de quelques trente équipes dispersées ici ou là dans la campagne environnante. Chaque membre de l’équipe centrale était chargé de parrainer, former, développer les nouvelles troupes de théâtre qui venaient rejoindre Jana Sanskrity. J’ai suivi Sima lors de ses voyages ver les équipes lointaines. Ce n’était pas de la tarte. Se lever vers quatre heures du matin, prendre taxi, bus, vélo taxi, rickshaw, et marcher à pieds pour terminer la journée sans lampe de poche à travers les rizières, les serpents et tous les pièges de la nature. Il fallait qu’elle soit solide, qu’elle en veuille. J’ai très souvent été bluffé par cette petite bonne femme de un mètre cinquante cinq, qui avait toujours le sourire et une verve infernale de comédienne, chanteuse, musicienne.

 Quelques kilomètres avant notre arrivée dans les villages où nous étions attendus, on entendait des chants rituels comme ces prières de muezzins ou ces envolées de cloches battant sur le large. Les sons devenaient de plus en plus audible au fur et à mesure que nous nous rapprochions. Arrivés à quelques centaines de mètres du lieu, on voyait des sortes de grandes enceintes acoustiques suspendues aux plus hautes branches des arbres qui se balançaient au gré du vent comme des oriflammes ou comme de grands singes faméliques. Venaient ensuite les embrassades, les retrouvailles et, bien sûr, le travail de théâtre. Je l’ai vu s’emporter dans des discussions violentes avec des spectateurs qui s’opposaient à cette émancipation que transmet JS, à des gens qui refusaient cette rébellion contre l’archaïsme de certains côtés de la société et à tant d’autres thèmes que les acteurs défendent.

 

Après avoir suivi cette troupe de villages en villages, et assisté à beaucoup de séances ce travail, j’ai proposé à l’équipe de leur faire connaître le Théâtre Clown, puis s’ils le désiraient, apprendre à le pratiquer. J’étais convaincu que c’était une belle école de communication et de relations et aussi je pensais que certains des Jokers en tireraient de grands profits. C’est ainsi que nous avons décidé de nous revoir

 
Stage de Clown Théâtre

 D’abord je suis arrivé avec ma collègue Béatrice qui parle parfaitement l’anglais. Le lendemain nous sommes allés chercher Christian à l’aéroport. Nous sommes passés directement du taxi à la piaule inconfortable et déjà nous étions entourés de moustiques ravageurs. Nous dormions sur de mince matelas épais de deux centimètres au-dessus desquels pendait un semblant de moustiquaire.

 Et nous voici en train de découper des nez de clowns, d’enfiler les petits élastiques blancs qui servent à les tenir sur le visage, en de tendre un rideau entre la cuisine et le théâtre. Et avec quelques habits et quelques nez rouges, le travail pouvait commencer.

Les gamins venaient nous regarder goulûment. Ils nous mangeaient véritablement des yeux. Puis ils s’approchèrent de nous et commencèrent à nous parler de leur vie, de l’école au-delà des feuillages, des oiseaux et les fleurs. Ils nous offrirent leurs plus beaux dessins et nous posèrent multiples questions : c’est comment chez-vous…etc.… ?

Le lendemain, le stage débuta.

Surprise, nous nous sommes pris dans les bras l’un de l’autre, et après quelques embrassades, nous avons commencé à jouer comme des enfants avec les choses, les objets, les personnes les émotions, les sentiments, on ne cachait plus rien des sensations, bien au contraire, on développait l’ici et le maintenant.

Nous avons commencé par  donner un stage de clown, une improvisation franco-indienne où Christian, un stagiaire, nous faisait sa spécialité : « L’enlèvement de La Sabine ». Béatrice, habillée en clown, entra la première. Christian qui la suivait, se précipita pour la draguer. Sima arriva avec le petit Suresh ? Un véritable petit couple charmant et naïf. Attrapée par quelque démon de clowns, Sima s’approcha de Christian, s’asseyant à ses côtés et lui lança quelques oeillades sans nuance. De derrière le rideau sortit le jeune Sothot qui s’offusqua de la scène. C’est alors que Sima caressa les genoux de Christian ! C’en était trop pour le petit amoureux de Sima qui quitta la scène en lançant quelques noms d’oiseaux. L’histoire se finit bien car Christian enleva Sima en la prenant dans ses bras et Sothot souleva Béatrice, non sans quelques difficultés, et l’emporta dans les coulisses. Ce fut une sortie très interculturelle.

 




Après cette improvisation, les indiens commencèrent à se sentir plus libres, plus joyeux. Les sourires pointèrent. Dans la discussion, nous commencions enfin, à explorer l’interculturel, la rencontre, la proximité, l’intime, nous réduisions l’espace de la connaissance, nous nous apprivoisions … nous étions loin de la grâce des Moudras et des danseuses de Baratta Nathyam.

 




Et moi, je réalisais que nous construisions des passerelles entre les cultures. En effet, ce premier échange artistique ouvrait un champ d’expériences dont l’enjeu était de créer des passerelles entre le théâtre de l’opprimé et le clown d’une part, entre l’art des clowns comédiens indiens et celui des comédiens français d’autre part.

Très vite au cours du stage, les différences et les ressemblances se sont clarifiées. Par exemple: si la recherche de l’état émotionnel juste n’était pas une évidence pour les acteurs indiens, tous étaient en revanche d’une très grande plasticité dans leurs mouvements. En général, c’était l’inverse chez les  occidentaux.

 Cette expérience fondatrice pour Caravane Théâtre confirma, ce que je pressentais depuis longtemps : l’humour est une voie royale pour une relation interculturelle, se comprendre, se découvrir, s’accepter et développer une espèce de méta culture entre des personnes d’horizon, de culture, de langue et de civilisation différentes.

Le théâtre et le clown, c’est ce qui me permet de communiquer.

 On est au moins ensemble pour quelque chose. On a du lien. Un langage, un but, un même désir. Sans cela, difficile de « remplir » la communication.

C’est le même problème avec la littérature. On raconte la vie, au lieu de la vivre, et le temps passe. Le temps qui pourrait nous sauver. « Excusez-moi, je n’ai pas fait attention, j’étais distrait… » Et on meurt sans s’en rendre compte.

Le théâtre et le clown on ne trompe personne. On se projette dans le monde avec le même questionnement. On nivelle par le haut, on égalise et on se rejoint dans l’espoir, le mouvement, l’action, l’imaginaire. ! D’un coup on est immense. Le théâtre et le clown c’est de la vie qu’on peut (« com » prendre) (prendre ensemble, un monde en miniature dont on peut se saisir. On peut la regarder de haut et se voir grand. Il est possible d’agir. C’est un peu comme les jardins japonais. Les bonzaïs, ces arbres sont tout petits. On peut contempler quelque chose de plus petit que soi. Ça fait philosopher.. Faire avec les autres c’est aussi tenter l’impossible : vivre.

Remplir le vide pour ne pas sombrer.





Ne pas désespérer.

S’investir.

 

 

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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 14:29

19 octobre 2006-10-24   Zippo le petit clown peluche fait le récit d’un instant de la rencontre inter culturel Franco indien 2006 en Orissa 

 

 

Au petit matin c’est le départ en bus vers  la région sud Bengale.

La route est toujours aussi dangereuse. Le bus roule très vite ! Miraculeusement sans accrocher quoi que ce soit : ni charrettes, ni  chien, veaux, vaches, taxis à essence, à pédale et certains « hommes-cheveaux » qui tirent, pieds nus, dans des chariots à deux roues des Bengalies ventrues.

Nous visitons sous une énorme pluie de mousson le temple de Konarak, le plus fabuleux sans doute de toute l’Inde (celui où sont sculptées les roues de la vie, couverts de millions de sculptures de pierre…)


Des l’entrée nous sommes assaillis par les marchants de souvenirs prêts à nous faire profiter des dernières soldes, des prêtres des Sâdhus plus ou moins professionnels. Immobiles dans de subtiles positions inénarrables. Je me fais photographier sur toutes les coutures, passant de mains en mains, de bras en bras et de rires en sourires !



je reste souvent à l’arrière et je m’arrange toujours pour compléter mon album photos de voyage.





La pluie redouble. Tout le monde loue son
parapluie. On fait le tour du temple. Madhumita  la danseuse indienne qui nous accompagne pose devant les plus belles sculptures, négociant quelques apparitions du soleil pour les photographes du groupe.








Au retour Jean-Pierre mets son nez pour aider un des mendiants, le plus attendrissant, à remplir son bol de roupies. Les visiteurs indiens sont très sensibles à ses sollicitations et les roupies tintinnabulent au fond du bol.

 Au bout de dix minutes, Jean Pierre procède à une répartition équitable des gains entre les mendiants. Celui dont il a emprunté le matériel disparaît. C’est pour protéger un billet de 20 roupies qu’il a du subtiliser dans le bol à aumônes : une petite fortune pour une quête improvisée sous la pluie.

Même si les Indiens sont très joueurs, nous avons ressenti à cet instant une véritable communication et un réel intérêt de leur part de certaines personnes. Aucune moquerie. Quelques sourires certes, mais pas de gros rires. Aucune méchanceté. L’intervention de Jean-Pierre a été comprise comme un acte de compassion, une façon de participer et de donner…

Les mendiants auraient bien continué à jouer…C’est chez eux que j’ai ressenti  le moins de remerciements et même et une réelle avidité. Faut comprendre l’aubaine ! ...

 

Nous retournons manger dans un hôtel restaurant tout proche. C’est là que nous avons laissé nos affaires de clown, et c’est ici que nous nous préparons pour la « soirée » spectacle…

Moi, j’espérais que la longue pluie de ce matin aurait découragé les spectateurs et les autres « vrais » artistes ! ...Je me disais qu’ainsi nous en aurions terminé avec les angoisses de jouer de chacun et je dois le dire Jean-Pierre éprouvait de la gêne à être présenté comme une troupe de clowns professionnels alors que nous n’étions que quelques touristes  qui avions mis le nez quelques heures seulement sur une petite scène de campagne au cœur de la jungle bengalie, dans l’unique objectif de se rencontrer sans peur et avec humour avec quelques jeunes du village d’Ushagram ! ....

Les deux premiers « spectacles » franco-indiens avaient assez perturbé tout le monde.

Une voiture qui tournait dans les villages voisins annonçait la venue d’artistes français pour le spectacle du soir. Nous étions en concurrence avec la sortie d’un film et la tournée promotionnelle en présence de l’acteur principal. De quoi nous mettre toute l’équipe en appétit et faire fleeper tout le monde toute la journée. En fin de compte, nous avons été les seuls à tenir tête à la pluie. L’acteur ne s’est pas déplacé.

  Donc, la pluie n’étant pas un réel obstacle au spectacle, maquillés, accessoirisés (ombrelles colorées, tapettes à mouches, bibelots en tous genres, aux chevilles, poignées et tour du coup) nous nous sommes retrouvés  dans le bus, le cœur pressé comme un citron, prêts à être prêts pour jouer.

Seuls quelques insectes luisant volettent au sommet des arbres et les phares blafards de notre vieux bon bus éclairent le chemin. Mais… pas pour longtemps !

A quelques jets de pierres, au détour d’un chemin tout à  coup ; c’était Versailles ! Son et lumière du14 juillet !    
Sousune immense fausse arche de papier mâché, coloréeetrecouverte de photos, notamment celle de notre précédentpassage, un cliché pris au Palais des vents de Jaipur surlequel je reconnais Béatrice, Pascale, Aude… Jean-Pierreme dit que nous attendons tout  une délégation d’officiels :ministre du tourisme, de la culture, des prêtres ouvrent lamarche, les fidèles suivent derrière, puis défilent  des supporters enthousiastes et inconditionnels des clowns, villageois,paysans…    
                                                                                                                                                                                                                                                                                                 
 

 Ce cortège  nous accompagne jusqu’au devant de la scène. On nous salue respectueusement, colliers de fleur, marque sur le front. On nous encense. Une nuée de pétards explose de tous côtés, feux d’artifice, chants, il ne manque que la remise des médailles.

 

Tout un groupe de musiciens composé de percussions, flûtes, instruments en tous genres, nous prennent en charge pour nous ouvrir la route. Musiciens et danseurs portent des costumes au strict minimum mais magnifiques. Très primitifs, style pagnes, gros bracelets aux bras, chevilles, le corps et le visage peints. Ils représentent une forte tradition et la culture tribale. Presque on se croirait en Afrique.



Nous passons devant des statues gigantesques de papier mâché à de multiples bras, décorées kitch, richement vêtues et multicolores. Après avoir fait un grand tour du village, dans une marche cérémonieuse parfois, souvent entourés de danses impromptues menées par le public et les villageois, nous sommes entrons dans l’arène du spectacle

Lentement mais avec fracas ! Incroyable ! Autour d’une immense scène de 40 mètres de large sur 15 de profondeur, quelque 7 à 800 personnes sont assises qui attendent. Devant la scène, au premier rang, d’un côté se trouvent des espèces de matelas (moelleux) bariolés occupés par les autorités de l’autre de larges fauteuils pour le restant des invités ? Avec Yolande Garcia, nous sommes invités à partager les matelas. Devant de petites tables on nous offre des sodas et des biscuits. Nous saluons l’Autorité et sa Dame, le Guru Ganga qui a crée une compagnie de danse, le maître de ces lieux et  bien d’autres personnalités, professeurs de musique, de danse de Drama…

 Côté jardin sur cette immense scène, il y a un orchestre traditionnel (et fort connu en Inde). Côté cour, sur une petite extrade, des  photos, icônes, images et statues de Dieux Indous, des micros…pour les présentations.

Sur le devant de la scène une forêt de caméras, appareils photo, journalistes et TV, déjà de quoi nous impressionner…

Le fond de scène en fait est un véritable temple, vu de l’extérieur ! En bas des arches de briques roses sombre. Avec des reproductions photographiques des associations présentes dont une photo géante des acteurs de Caravane Théâtre.

 Le mur du fond est surmonté d’un toit en forme de cône avec plusieurs rangées de briques comme des couronnes superposées.

Quelques grands projecteurs, pas toujours efficaces, éclairent le public assis sous les étoiles et la scène à ciel ouvert. Il fait humide et chaud. L’atmosphère se charge au fur et à mesure que s’écoule le temps, d’énergie, de fébrilité, d’admiration, de silences d’angoisse.

Je me demande si les Français se rendent compte de la chance qu’ils ont d’être là ? C’est ici, sur cette scène même que se déroule le plus fameux  festival de danse de l’Inde. Les troupes les plus diverses se pressent pour y jouer. Le monde entier amoureux de la danse et du spectacle s’y donne rendez-vous trois jours en février de chaque année. Tous les hôtels sont réservés d’une année sur l’autre. Le maître des lieux le Guru Gangar est là en personne dans sa tunique de soie rouge, son pantalon de soie blanche, serré aux chevilles, crinière au vent, et fier, très fier ! Il peut l’être car ce lieu qui paraît ancien, il l’a créé lui-même. C’est là qu’il donne ses cours. Il est énorme, magnifique : magique !

Pour l’instant les petits clowns attendent des choses auxquelles ils ne s’attendent pas !


Les lumières se tendent vers le fond de scène, en haut sur le sommet des toits. Dans la nuit silencieuse, une musique s’élance qui fait frissonner le cœur de tous. Là haut, entre les séries de toits superposées, apparaissent danseurs et danseuses. Ils y développent un spectacle fantastique. Entre les couleurs des vêtements, la grâce ou la violence des mouvements, l’unifié de l’ensemble qui produit une immense énergie, la musique sublimant le tout, c’est une vision miraculeuse ! Au sommet, au-dessus du dernier toit, comme une ultime statue, un demi-Dieu, un danseur évolue. Il danse de tout son corps, en équilibre à quelques 30 mètres du sol. Les autres danseurs l’accompagnent. Le ballet se déplace tantôt sur la gauche, tantôt vers la droite, en hauteur, vers le bas… La nuit entière retient son souffle !

La danse terminée, dans l’ombre de son admiration, d’un seul élan, la foule applaudit la performance. C’est du délire.

Jean-Pierre  filme la scène en pensant à Béatrice et à Pascale, les danseuses-clownes présentes sur scène sur la photo de fond restées en France et qui seront si heureuses de voir ça !

Et…je n’ose pas imaginer ce que ressentent nos petits clowns français, ni ce qu’ils pensent, ni ce que nous allons pouvoir jouer après ce que nous venons d’admirer…

Parce que…enfin… ! Ce n’est pas terminé. Il reste 5 ou 6 groupes indiens à passer !

Des danseuses de tradition populaire. De tout jeunes garçons déguisés et habillés en filles comme le veut la coutume. Des groupes de musiciens classiques et de musiques folkloriques …

 Soudain Jean-Pierre et Yolande sont appelés sur scène pour des présentations : ils parlent, ils disent comment nous trouvons l’Inde, ce que nous ressentons, ce que nous apprécions.

Jean-Pierre est présenté comme un grand artiste international. Je le vois obligé de faire le clown pour ne pas s’effondrer ni perdre toute la face !  Il joue avec les deux micros, avec ses voisins de scène, fait semblant de ne pas comprendre…essaie un numéro ou il se plante …Tout le monde en rigole, même-moi, et tout le monde applaudit comme-ci comme ça, sûrement par politesse…

 

Et…puis arrive quelqu’un avec des papiers roulés. C’est la remise des diplômes. Mais oui…parce ils sont des personnes magnifiques qui font beaucoup pour le rapprochement France Orissa. Ils vont même jusqu’à l’appeler directeur de compagnie…

Quelques temps après il retourne dans les rangs, se remettre de ses émotions.

A notre tour ! Allons ! Voyons !

Notre troupe arrive chacun en faisant l’avion. C’est le survole l’Inde. On nomme des villes et on montre leurs particularités .Découverte du temple. On montre la beauté, l’étrangeté etc. Tous ensemble.

On se souvient d’avoir vu des danses sur les toits. On les joue. On se souvient d’avoir vu et entendu un orchestre traditionnel : on le joue.

On se souvient d’avoir vu des danseurs acrobates. On refait en clowns quelques images arrêtées. Comme si c’était un exploit.

On se rend compte qu’il y a des indiens devant nous. On descend dans le public pour les découvrir. On improvise. Cousin ? Copain ? Fiancée ? Premier ministre ? La télé ? On le joue tous ensemble. On est dans un marché indien. On prend le train. On quitte l’Inde. On a oublié Mélodie !!! On la cherche partout. On la retrouve. Elle a trouvé un fiancé indien. Un vrai spectateur qui n’était pas au courant auparavant….

 Un mariage franco-indien..                                                                             

Pour symboliser la rencontre on va jouer un mariage interculturel.

Mélodie a trouvé un jeune indien qu’elle ne lâche plus.
Elle prend au hasard un jeune garçon d’honneur

Jean-Pierre les amène sur scène. On met un voile à la mariée et une longue traîne bleue. Une veste au marié.On s’organise : à la mairie. A l’église.Jean-Pierre va prendre dans le public une femme pour être la maman de la mariée.

La maman passe les anneaux aux doigts du jeune couple.

Chaque français va prendre un indien ou une indienne parmi les spectateurs.

On s’organise en cortège et on fait plusieurs grands tours de scène.

Le public aime bien. Applaudissement.

On revient avec Madhumita

Elle danse une prière sur un enregistrement instrumental et vocal (paroles françaises)

Derrière elle, le groupe de clowns improvise des gestuelles soulignant les paroles.

La prière terminée, on s’avance sur une ligne saluer le public.

 On chante tous ensemble un mantra : « Sarvé bhavantu sukhina

Sarvé santu niramay  Sarvé bhadrani pashyantu  Ma kashtchit duhkha mapnuyat »

 Que tout le monde soit heureux

 Que tout le monde soit en bonne santé. Et ne voit que le côté positif des choses !

Que personne jamais plus ne souffre !

Om Shantih ! Shantih ! Shantih !

La Paix ! La Paix ! La Paix ! »

On sort

On revient en chantant :

« …Mera juta hai japani

Ye patloon englishtani

Serve lal topi russi… »

Traduction : « …Mes chaussures sont japonaises, mon pantalon anglais, mon chapeau rouge vient de Russie….mais mon cœur, lui, est indien… »
On danse en groupe. On se met en ligne. On se tourne. On sort le nez et on salue.



Inoubliable !!!



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