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21 juin 2008 6 21 /06 /juin /2008 15:37

 
Jana Sanskrity se composait d’une équipe centrale d’une douzaine de membres et de quelques trente équipes dispersées ici ou là dans la campagne environnante. Chaque membre de l’équipe centrale était chargé de parrainer, former, développer les nouvelles troupes de théâtre qui venaient rejoindre Jana Sanskrity. J’ai suivi Sima lors de ses voyages ver les équipes lointaines. Ce n’était pas de la tarte. Se lever vers quatre heures du matin, prendre taxi, bus, vélo taxi, rickshaw, et marcher à pieds pour terminer la journée sans lampe de poche à travers les rizières, les serpents et tous les pièges de la nature. Il fallait qu’elle soit solide, qu’elle en veuille. J’ai très souvent été bluffé par cette petite bonne femme de un mètre cinquante cinq, qui avait toujours le sourire et une verve infernale de comédienne, chanteuse, musicienne.

 Quelques kilomètres avant notre arrivée dans les villages où nous étions attendus, on entendait des chants rituels comme ces prières de muezzins ou ces envolées de cloches battant sur le large. Les sons devenaient de plus en plus audible au fur et à mesure que nous nous rapprochions. Arrivés à quelques centaines de mètres du lieu, on voyait des sortes de grandes enceintes acoustiques suspendues aux plus hautes branches des arbres qui se balançaient au gré du vent comme des oriflammes ou comme de grands singes faméliques. Venaient ensuite les embrassades, les retrouvailles et, bien sûr, le travail de théâtre. Je l’ai vu s’emporter dans des discussions violentes avec des spectateurs qui s’opposaient à cette émancipation que transmet JS, à des gens qui refusaient cette rébellion contre l’archaïsme de certains côtés de la société et à tant d’autres thèmes que les acteurs défendent.

 

Après avoir suivi cette troupe de villages en villages, et assisté à beaucoup de séances ce travail, j’ai proposé à l’équipe de leur faire connaître le Théâtre Clown, puis s’ils le désiraient, apprendre à le pratiquer. J’étais convaincu que c’était une belle école de communication et de relations et aussi je pensais que certains des Jokers en tireraient de grands profits. C’est ainsi que nous avons décidé de nous revoir

 
Stage de Clown Théâtre

 D’abord je suis arrivé avec ma collègue Béatrice qui parle parfaitement l’anglais. Le lendemain nous sommes allés chercher Christian à l’aéroport. Nous sommes passés directement du taxi à la piaule inconfortable et déjà nous étions entourés de moustiques ravageurs. Nous dormions sur de mince matelas épais de deux centimètres au-dessus desquels pendait un semblant de moustiquaire.

 Et nous voici en train de découper des nez de clowns, d’enfiler les petits élastiques blancs qui servent à les tenir sur le visage, en de tendre un rideau entre la cuisine et le théâtre. Et avec quelques habits et quelques nez rouges, le travail pouvait commencer.

Les gamins venaient nous regarder goulûment. Ils nous mangeaient véritablement des yeux. Puis ils s’approchèrent de nous et commencèrent à nous parler de leur vie, de l’école au-delà des feuillages, des oiseaux et les fleurs. Ils nous offrirent leurs plus beaux dessins et nous posèrent multiples questions : c’est comment chez-vous…etc.… ?

Le lendemain, le stage débuta.

Surprise, nous nous sommes pris dans les bras l’un de l’autre, et après quelques embrassades, nous avons commencé à jouer comme des enfants avec les choses, les objets, les personnes les émotions, les sentiments, on ne cachait plus rien des sensations, bien au contraire, on développait l’ici et le maintenant.

Nous avons commencé par  donner un stage de clown, une improvisation franco-indienne où Christian, un stagiaire, nous faisait sa spécialité : « L’enlèvement de La Sabine ». Béatrice, habillée en clown, entra la première. Christian qui la suivait, se précipita pour la draguer. Sima arriva avec le petit Suresh ? Un véritable petit couple charmant et naïf. Attrapée par quelque démon de clowns, Sima s’approcha de Christian, s’asseyant à ses côtés et lui lança quelques oeillades sans nuance. De derrière le rideau sortit le jeune Sothot qui s’offusqua de la scène. C’est alors que Sima caressa les genoux de Christian ! C’en était trop pour le petit amoureux de Sima qui quitta la scène en lançant quelques noms d’oiseaux. L’histoire se finit bien car Christian enleva Sima en la prenant dans ses bras et Sothot souleva Béatrice, non sans quelques difficultés, et l’emporta dans les coulisses. Ce fut une sortie très interculturelle.

 




Après cette improvisation, les indiens commencèrent à se sentir plus libres, plus joyeux. Les sourires pointèrent. Dans la discussion, nous commencions enfin, à explorer l’interculturel, la rencontre, la proximité, l’intime, nous réduisions l’espace de la connaissance, nous nous apprivoisions … nous étions loin de la grâce des Moudras et des danseuses de Baratta Nathyam.

 




Et moi, je réalisais que nous construisions des passerelles entre les cultures. En effet, ce premier échange artistique ouvrait un champ d’expériences dont l’enjeu était de créer des passerelles entre le théâtre de l’opprimé et le clown d’une part, entre l’art des clowns comédiens indiens et celui des comédiens français d’autre part.

Très vite au cours du stage, les différences et les ressemblances se sont clarifiées. Par exemple: si la recherche de l’état émotionnel juste n’était pas une évidence pour les acteurs indiens, tous étaient en revanche d’une très grande plasticité dans leurs mouvements. En général, c’était l’inverse chez les  occidentaux.

 Cette expérience fondatrice pour Caravane Théâtre confirma, ce que je pressentais depuis longtemps : l’humour est une voie royale pour une relation interculturelle, se comprendre, se découvrir, s’accepter et développer une espèce de méta culture entre des personnes d’horizon, de culture, de langue et de civilisation différentes.

Le théâtre et le clown, c’est ce qui me permet de communiquer.

 On est au moins ensemble pour quelque chose. On a du lien. Un langage, un but, un même désir. Sans cela, difficile de « remplir » la communication.

C’est le même problème avec la littérature. On raconte la vie, au lieu de la vivre, et le temps passe. Le temps qui pourrait nous sauver. « Excusez-moi, je n’ai pas fait attention, j’étais distrait… » Et on meurt sans s’en rendre compte.

Le théâtre et le clown on ne trompe personne. On se projette dans le monde avec le même questionnement. On nivelle par le haut, on égalise et on se rejoint dans l’espoir, le mouvement, l’action, l’imaginaire. ! D’un coup on est immense. Le théâtre et le clown c’est de la vie qu’on peut (« com » prendre) (prendre ensemble, un monde en miniature dont on peut se saisir. On peut la regarder de haut et se voir grand. Il est possible d’agir. C’est un peu comme les jardins japonais. Les bonzaïs, ces arbres sont tout petits. On peut contempler quelque chose de plus petit que soi. Ça fait philosopher.. Faire avec les autres c’est aussi tenter l’impossible : vivre.

Remplir le vide pour ne pas sombrer.





Ne pas désespérer.

S’investir.

 

 

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