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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 14:29

19 octobre 2006-10-24   Zippo le petit clown peluche fait le récit d’un instant de la rencontre inter culturel Franco indien 2006 en Orissa 

 

 

Au petit matin c’est le départ en bus vers  la région sud Bengale.

La route est toujours aussi dangereuse. Le bus roule très vite ! Miraculeusement sans accrocher quoi que ce soit : ni charrettes, ni  chien, veaux, vaches, taxis à essence, à pédale et certains « hommes-cheveaux » qui tirent, pieds nus, dans des chariots à deux roues des Bengalies ventrues.

Nous visitons sous une énorme pluie de mousson le temple de Konarak, le plus fabuleux sans doute de toute l’Inde (celui où sont sculptées les roues de la vie, couverts de millions de sculptures de pierre…)


Des l’entrée nous sommes assaillis par les marchants de souvenirs prêts à nous faire profiter des dernières soldes, des prêtres des Sâdhus plus ou moins professionnels. Immobiles dans de subtiles positions inénarrables. Je me fais photographier sur toutes les coutures, passant de mains en mains, de bras en bras et de rires en sourires !



je reste souvent à l’arrière et je m’arrange toujours pour compléter mon album photos de voyage.





La pluie redouble. Tout le monde loue son
parapluie. On fait le tour du temple. Madhumita  la danseuse indienne qui nous accompagne pose devant les plus belles sculptures, négociant quelques apparitions du soleil pour les photographes du groupe.








Au retour Jean-Pierre mets son nez pour aider un des mendiants, le plus attendrissant, à remplir son bol de roupies. Les visiteurs indiens sont très sensibles à ses sollicitations et les roupies tintinnabulent au fond du bol.

 Au bout de dix minutes, Jean Pierre procède à une répartition équitable des gains entre les mendiants. Celui dont il a emprunté le matériel disparaît. C’est pour protéger un billet de 20 roupies qu’il a du subtiliser dans le bol à aumônes : une petite fortune pour une quête improvisée sous la pluie.

Même si les Indiens sont très joueurs, nous avons ressenti à cet instant une véritable communication et un réel intérêt de leur part de certaines personnes. Aucune moquerie. Quelques sourires certes, mais pas de gros rires. Aucune méchanceté. L’intervention de Jean-Pierre a été comprise comme un acte de compassion, une façon de participer et de donner…

Les mendiants auraient bien continué à jouer…C’est chez eux que j’ai ressenti  le moins de remerciements et même et une réelle avidité. Faut comprendre l’aubaine ! ...

 

Nous retournons manger dans un hôtel restaurant tout proche. C’est là que nous avons laissé nos affaires de clown, et c’est ici que nous nous préparons pour la « soirée » spectacle…

Moi, j’espérais que la longue pluie de ce matin aurait découragé les spectateurs et les autres « vrais » artistes ! ...Je me disais qu’ainsi nous en aurions terminé avec les angoisses de jouer de chacun et je dois le dire Jean-Pierre éprouvait de la gêne à être présenté comme une troupe de clowns professionnels alors que nous n’étions que quelques touristes  qui avions mis le nez quelques heures seulement sur une petite scène de campagne au cœur de la jungle bengalie, dans l’unique objectif de se rencontrer sans peur et avec humour avec quelques jeunes du village d’Ushagram ! ....

Les deux premiers « spectacles » franco-indiens avaient assez perturbé tout le monde.

Une voiture qui tournait dans les villages voisins annonçait la venue d’artistes français pour le spectacle du soir. Nous étions en concurrence avec la sortie d’un film et la tournée promotionnelle en présence de l’acteur principal. De quoi nous mettre toute l’équipe en appétit et faire fleeper tout le monde toute la journée. En fin de compte, nous avons été les seuls à tenir tête à la pluie. L’acteur ne s’est pas déplacé.

  Donc, la pluie n’étant pas un réel obstacle au spectacle, maquillés, accessoirisés (ombrelles colorées, tapettes à mouches, bibelots en tous genres, aux chevilles, poignées et tour du coup) nous nous sommes retrouvés  dans le bus, le cœur pressé comme un citron, prêts à être prêts pour jouer.

Seuls quelques insectes luisant volettent au sommet des arbres et les phares blafards de notre vieux bon bus éclairent le chemin. Mais… pas pour longtemps !

A quelques jets de pierres, au détour d’un chemin tout à  coup ; c’était Versailles ! Son et lumière du14 juillet !    
Sousune immense fausse arche de papier mâché, coloréeetrecouverte de photos, notamment celle de notre précédentpassage, un cliché pris au Palais des vents de Jaipur surlequel je reconnais Béatrice, Pascale, Aude… Jean-Pierreme dit que nous attendons tout  une délégation d’officiels :ministre du tourisme, de la culture, des prêtres ouvrent lamarche, les fidèles suivent derrière, puis défilent  des supporters enthousiastes et inconditionnels des clowns, villageois,paysans…    
                                                                                                                                                                                                                                                                                                 
 

 Ce cortège  nous accompagne jusqu’au devant de la scène. On nous salue respectueusement, colliers de fleur, marque sur le front. On nous encense. Une nuée de pétards explose de tous côtés, feux d’artifice, chants, il ne manque que la remise des médailles.

 

Tout un groupe de musiciens composé de percussions, flûtes, instruments en tous genres, nous prennent en charge pour nous ouvrir la route. Musiciens et danseurs portent des costumes au strict minimum mais magnifiques. Très primitifs, style pagnes, gros bracelets aux bras, chevilles, le corps et le visage peints. Ils représentent une forte tradition et la culture tribale. Presque on se croirait en Afrique.



Nous passons devant des statues gigantesques de papier mâché à de multiples bras, décorées kitch, richement vêtues et multicolores. Après avoir fait un grand tour du village, dans une marche cérémonieuse parfois, souvent entourés de danses impromptues menées par le public et les villageois, nous sommes entrons dans l’arène du spectacle

Lentement mais avec fracas ! Incroyable ! Autour d’une immense scène de 40 mètres de large sur 15 de profondeur, quelque 7 à 800 personnes sont assises qui attendent. Devant la scène, au premier rang, d’un côté se trouvent des espèces de matelas (moelleux) bariolés occupés par les autorités de l’autre de larges fauteuils pour le restant des invités ? Avec Yolande Garcia, nous sommes invités à partager les matelas. Devant de petites tables on nous offre des sodas et des biscuits. Nous saluons l’Autorité et sa Dame, le Guru Ganga qui a crée une compagnie de danse, le maître de ces lieux et  bien d’autres personnalités, professeurs de musique, de danse de Drama…

 Côté jardin sur cette immense scène, il y a un orchestre traditionnel (et fort connu en Inde). Côté cour, sur une petite extrade, des  photos, icônes, images et statues de Dieux Indous, des micros…pour les présentations.

Sur le devant de la scène une forêt de caméras, appareils photo, journalistes et TV, déjà de quoi nous impressionner…

Le fond de scène en fait est un véritable temple, vu de l’extérieur ! En bas des arches de briques roses sombre. Avec des reproductions photographiques des associations présentes dont une photo géante des acteurs de Caravane Théâtre.

 Le mur du fond est surmonté d’un toit en forme de cône avec plusieurs rangées de briques comme des couronnes superposées.

Quelques grands projecteurs, pas toujours efficaces, éclairent le public assis sous les étoiles et la scène à ciel ouvert. Il fait humide et chaud. L’atmosphère se charge au fur et à mesure que s’écoule le temps, d’énergie, de fébrilité, d’admiration, de silences d’angoisse.

Je me demande si les Français se rendent compte de la chance qu’ils ont d’être là ? C’est ici, sur cette scène même que se déroule le plus fameux  festival de danse de l’Inde. Les troupes les plus diverses se pressent pour y jouer. Le monde entier amoureux de la danse et du spectacle s’y donne rendez-vous trois jours en février de chaque année. Tous les hôtels sont réservés d’une année sur l’autre. Le maître des lieux le Guru Gangar est là en personne dans sa tunique de soie rouge, son pantalon de soie blanche, serré aux chevilles, crinière au vent, et fier, très fier ! Il peut l’être car ce lieu qui paraît ancien, il l’a créé lui-même. C’est là qu’il donne ses cours. Il est énorme, magnifique : magique !

Pour l’instant les petits clowns attendent des choses auxquelles ils ne s’attendent pas !


Les lumières se tendent vers le fond de scène, en haut sur le sommet des toits. Dans la nuit silencieuse, une musique s’élance qui fait frissonner le cœur de tous. Là haut, entre les séries de toits superposées, apparaissent danseurs et danseuses. Ils y développent un spectacle fantastique. Entre les couleurs des vêtements, la grâce ou la violence des mouvements, l’unifié de l’ensemble qui produit une immense énergie, la musique sublimant le tout, c’est une vision miraculeuse ! Au sommet, au-dessus du dernier toit, comme une ultime statue, un demi-Dieu, un danseur évolue. Il danse de tout son corps, en équilibre à quelques 30 mètres du sol. Les autres danseurs l’accompagnent. Le ballet se déplace tantôt sur la gauche, tantôt vers la droite, en hauteur, vers le bas… La nuit entière retient son souffle !

La danse terminée, dans l’ombre de son admiration, d’un seul élan, la foule applaudit la performance. C’est du délire.

Jean-Pierre  filme la scène en pensant à Béatrice et à Pascale, les danseuses-clownes présentes sur scène sur la photo de fond restées en France et qui seront si heureuses de voir ça !

Et…je n’ose pas imaginer ce que ressentent nos petits clowns français, ni ce qu’ils pensent, ni ce que nous allons pouvoir jouer après ce que nous venons d’admirer…

Parce que…enfin… ! Ce n’est pas terminé. Il reste 5 ou 6 groupes indiens à passer !

Des danseuses de tradition populaire. De tout jeunes garçons déguisés et habillés en filles comme le veut la coutume. Des groupes de musiciens classiques et de musiques folkloriques …

 Soudain Jean-Pierre et Yolande sont appelés sur scène pour des présentations : ils parlent, ils disent comment nous trouvons l’Inde, ce que nous ressentons, ce que nous apprécions.

Jean-Pierre est présenté comme un grand artiste international. Je le vois obligé de faire le clown pour ne pas s’effondrer ni perdre toute la face !  Il joue avec les deux micros, avec ses voisins de scène, fait semblant de ne pas comprendre…essaie un numéro ou il se plante …Tout le monde en rigole, même-moi, et tout le monde applaudit comme-ci comme ça, sûrement par politesse…

 

Et…puis arrive quelqu’un avec des papiers roulés. C’est la remise des diplômes. Mais oui…parce ils sont des personnes magnifiques qui font beaucoup pour le rapprochement France Orissa. Ils vont même jusqu’à l’appeler directeur de compagnie…

Quelques temps après il retourne dans les rangs, se remettre de ses émotions.

A notre tour ! Allons ! Voyons !

Notre troupe arrive chacun en faisant l’avion. C’est le survole l’Inde. On nomme des villes et on montre leurs particularités .Découverte du temple. On montre la beauté, l’étrangeté etc. Tous ensemble.

On se souvient d’avoir vu des danses sur les toits. On les joue. On se souvient d’avoir vu et entendu un orchestre traditionnel : on le joue.

On se souvient d’avoir vu des danseurs acrobates. On refait en clowns quelques images arrêtées. Comme si c’était un exploit.

On se rend compte qu’il y a des indiens devant nous. On descend dans le public pour les découvrir. On improvise. Cousin ? Copain ? Fiancée ? Premier ministre ? La télé ? On le joue tous ensemble. On est dans un marché indien. On prend le train. On quitte l’Inde. On a oublié Mélodie !!! On la cherche partout. On la retrouve. Elle a trouvé un fiancé indien. Un vrai spectateur qui n’était pas au courant auparavant….

 Un mariage franco-indien..                                                                             

Pour symboliser la rencontre on va jouer un mariage interculturel.

Mélodie a trouvé un jeune indien qu’elle ne lâche plus.
Elle prend au hasard un jeune garçon d’honneur

Jean-Pierre les amène sur scène. On met un voile à la mariée et une longue traîne bleue. Une veste au marié.On s’organise : à la mairie. A l’église.Jean-Pierre va prendre dans le public une femme pour être la maman de la mariée.

La maman passe les anneaux aux doigts du jeune couple.

Chaque français va prendre un indien ou une indienne parmi les spectateurs.

On s’organise en cortège et on fait plusieurs grands tours de scène.

Le public aime bien. Applaudissement.

On revient avec Madhumita

Elle danse une prière sur un enregistrement instrumental et vocal (paroles françaises)

Derrière elle, le groupe de clowns improvise des gestuelles soulignant les paroles.

La prière terminée, on s’avance sur une ligne saluer le public.

 On chante tous ensemble un mantra : « Sarvé bhavantu sukhina

Sarvé santu niramay  Sarvé bhadrani pashyantu  Ma kashtchit duhkha mapnuyat »

 Que tout le monde soit heureux

 Que tout le monde soit en bonne santé. Et ne voit que le côté positif des choses !

Que personne jamais plus ne souffre !

Om Shantih ! Shantih ! Shantih !

La Paix ! La Paix ! La Paix ! »

On sort

On revient en chantant :

« …Mera juta hai japani

Ye patloon englishtani

Serve lal topi russi… »

Traduction : « …Mes chaussures sont japonaises, mon pantalon anglais, mon chapeau rouge vient de Russie….mais mon cœur, lui, est indien… »
On danse en groupe. On se met en ligne. On se tourne. On sort le nez et on salue.



Inoubliable !!!



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