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9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 10:08

Le Clown interculturel.

 

Un petit exemple pour illustrer comment l’esprit clown permet de dépasser les clivages culturels. Voici le récit d’une improvisation qui s’est déroulée lors d’un atelier inter culturel « Franco-indien »

 

Thème de l’improvisation:
Un groupe de clowns français débarque en Inde  pour la première fois.

 Dans le public des acteurs indiens (des stagiaires participants)  les observent  et viendront par la suite, après avoir chaussé le nez, donner  leur ressenti et leur point de vue sur la scène qu’ils auront observée. Chaque indien (alors en clown) reprenant le rôle d’un clown Français.


                            
Six clowns français découvrent l’Inde.

 Six participants français, en personnage clown, entrent sur scène, inquiets, surpris, stupéfaits.

La chaleur est insupportable, intoxicante. De plus ça pue ! Ca gratte ! Ca dégouline ! On  s’épouille s’éponge, s’épouvante s’époussette ! On marche avec difficulté sur un sol qui couvert d’immondices.

Sur la scène nos touristes aperçoivent une chaise renversée. Sauvés c’est un taxi.

Notre bande hèle un rikshow (petit scooter taxi à deux places). Lolo fait le chauffeur. Les cinq  autres, s’escaladant les uns les autres parviennent à se glisser à l’intérieur de l’habitacle. Le prix est vraiment exorbitant. Alors on discute, on  sort du taxi, remonte, redescend, remonte, redescend, on gesticule et on paie.Touristes parfaits on sort les têtes vers l’extérieur pour sourire à l’appareil Enfin le taxi démarre direction une table renversée : le restaurant.

.Devant la porte d’entrée Lolo, en grosse vache qu’elle joue, broute un foulard abandonné. Gênés et  apeurés nos amis grimpent sur une table  et font fuir l’animal.

Là les clowns touchent à tout. C’est sale, on essuie. Ca sent mauvais, on vaporise. Sur la table quelques verres d’eau locale. Attention : surtout ne pas boire, on balance l’eau à travers la salle avant de s’installer, V stérilise table et  chaises.

Un clown déguisé en serveur discret apporte les repas. C’est pas bon, trop épicé. On change les plats : trop salé ! On rappelle le serveur. L’un s’étouffe !  L’autre vomit. Seule une clownette  semble apprécier la cuisine indienne.

Les  cinq autres  se régalent tout de même des dessers. Rescapés  du repas ils se lancent  dans une danse  endiablée sur la table, jupes relevées, les derrières se tortillent  comme  d’heureux ventilateurs Applaudissements. Auto congratulations. Félicitations.

Pose touristique. On se dispute le serveur. Finalement on l’installe au milieu. On lui pose une assiette sur la tête pour faire couleur locale. Et on rit ! On rit! On rit!

C’est à lui maintenant de prendre la photo. Comme il n’y connaît rien, on se moque de lui. Mais comme il fond en larmes on le console en lui offrant tout les objets disponibles  sur scène enfin…dans son  restaurant : Tabourets, chaises, tables sacs plastics les couverts et les rideaux.Les clowns s’installent dans une « Guest house ». Là aussi c’est encore trop cher. Le lit c’est une chaise renversée : trop dur. La salle de bain un tabouret : trop petit. La salle à manger : trop de moustiques. Après avoir enjambé quelques saletés,  plus loin : la terrasse.  Il y fait meilleur. On s’y installe.

 Après quelque repos, notre joyeuse équipe se lève et part : en fait c’est pas si bien que ça l’Inde. Sortie de scène et le retour en France. 

Une question avant de poursuivre : 

Sait-on aperçu  qu’il y a des Indiens dans la salle ?


                             Six clowns indiens reprennent l’improvisation.

 

 Les six clowns indiens entrent sur scènes hystériques. Ils se badigeonnent les uns les autres d’insecticide. Se  donnent de grandes claques, se flagellent pour écraser les moustiques invisibles qui les attaquent de toute part.

Et reprennent tel le chœur antique des tragédies grecques : «  ça va ? »  « Ça ne va pas ! ».Ça va ? » « Ça va pas ! ». « Ça va ? » « Ça va pas ! ». Et : en Français s’il vous plait !

Ils se bouchent le nez de tout ce qu’ils trouvent : foulard, draps de lit, chapeaux essayant ainsi d’échapper aux mauvaises odeurs. Se déhanchent et se tortillent en criant : « photos ! »  « Photos ! »  « Photos ! Le serveur du restaurant, qui a par maladresse cassé l’appareil, est frappé comme un âne qui ne voudrait pas avancer.

D : «  je veux rentrer à la maison ! »  « J’en peux plus ! »  « Je veux pas rester là ! ». Tout le monde l’assiste. Et comme  des bébés dans une pouponnière les clowns se mettent à crier  à l’unisson. Crise de nerfs collective. C’est Verdun. Waterloo. Grimpés sur la table, radeau de la Méduse, ces chers petits se débattent, abandonnés, loin des leurs, alors que le public, cruel et insensible… se marre.

Au restaurant, on veut de l’eau et de la bonne. Mort de soif,  une clownette tombe à terre inanimée.Les clowns font un vacarme épouvantable pour faire venir le pauvre serveur. Bien sûr les estomacs délicats ne supportent pas ce genre de nourriture et la resservent sur la table.Le serveur se fait maltraiter parce que le café n’est pas du vrai café, le thé est trop sucré et le gâteau pas assez.Emballée par le public qui se tient les côtes. Notre équipe se calme.Le « french  can can » qui s’ensuit  n’a plus rien  de parisien. Par décence nous le classerons « X »

La suite du voyage tient ses promesses : la troupe loue la seule chambre avec air conditionnée de l’auberge, celle du propriétaire. D pris d’une immense colique écrasera le fauteuil renversé qui fait office de toilettes. Effrayée par tant de mésaventure notre petite bande de touristes s’enfuit sans demander son reste.


                                                      Epilogue et analyse du jeu.

 Les spectateurs Indiens furent très vexés et choqués par l’improvisation des Français qui leur avaient renvoyé à leur goût, une image trop négative de leur pays et de leurs concitoyens.

Comment ces Français (stagiaires) reçus  avec tant d’amitié ont-ils osé se moquer d’eux et n’ont rien trouvé de bien ni de beau ni d’agréable ?!...

Les Rajpoutes si fiers se sont sentis ridiculisés et  profondément blessés. Surtout que dans la salle d’autres « touristes » (des stagiaires participants français qui, ne jouant pas à ce moment là, se délectaient de la scène) ne se gênaient pas pour rire.

J’ai entendu dire par la suite : « si les Français voulaient de meilleures conditions de vie ils n’avaient qu’à aller dans des palaces, au lieu d’accepter l’hospitalité de nos familles » retournant ainsi  les compliments.

 

Dans un deuxième temps, quand les indiens ont repris les rôles des clowns français et ont joué (en clown) tout ce qu’ils avaient détesté voir, tout a basculé.

Pousser, dans le jeu, encore plus loin la critique, le ridicule des personnages et des situations les a complètement libérés. Ils se sont lâchés et follement amusés.

 

Phénomène de l’arroseur arrosé ? Pas seulement. Vengeance ? Pas que cela. Il y avait bien quelque chose de vrai dans le récit des clowns français, mais rire de soi et devant les autres, nous savons tous combien l’exercice  est difficile  qui plus est dans ces situations de stage où on se découvre, instants délicats de séduction... Accepter que d’autres puissent rire de nous, c’est encore plus insupportable.

 

C’est à ce moment là que nos improvisateurs français ont réalisé en se voyant joués par les clowns indiens combien ils ont pu être maladroits. La honte !

Je crois que ce fut encore plus dur d’accepter  pour eux  de s’être trompé parce qu’il n’y avait pas de « rachat » possible .Condamnés à s’accepter ! A en  parler A communiquer vrai. Un petit temps pour l’humilité et les véritables rencontres. Aux vestiaires les appareils photo et  le guide du routard ! Et merci au clown.

 

 

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