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3 juin 2008 2 03 /06 /juin /2008 20:53
    19 août 2003, jour anniversaire de l’Indépendance de l’Inde. Nous avons rendez-vous dans un des nombreux bidonvilles de Jaipur, Rajasthan, avec une troupe de théâtre indienne. Le chauffeur du rickshaw peine à trouver le « slum ». « Vous le trouverez facilement, nous a-t-on dit, il se trouve derrière l’hôpital psychiatrique » … mais, quand nous demandons aux passants de nous indiquer le chemin, ceux-ci nous répondent interloqués : « Un bidonville ? Mais lequel » ?  Enfin, le rickshaw nous dépose à la lisière de ce monde de tôles et de boue ; L’univers des laissés-pour-compte. On se laisse guider par la musique quand tout à coup, on aperçoit la foule.


 















Une myriade d’enfants en guenilles est assise par terre, dans la poussière. Les adultes restent debout derrière. Au milieu des mouches, deux petites filles en haillons arborent des serre-tête rouges, fières d’être jolies pour une telle occasion. Comme seul décors de théâtre un drap noir est tendu au fond de la scène ! Pourtant, la magie opère. On en oublierait presque la misère. Sur scène, des clowns miment une crise de diarrhée… éclats de rires dans le public. Un comédien de la troupe déguisé en blouse blanche explique en termes simples de quoi souffre le malade et quels sont les remèdes pour le soigner. Les clowns réagissent, surjouant les symptômes. Le docteur leur demande soudain : « Vous avez compris ? Alors, répétez moi ce que je viens de dire » !  Les pitres reprennent la leçon à grand renfort de galipettes et de grimaces, provoquant l’hilarité de l’assemblée. Le médecin interroge  maintenant l’auditoire : « Et vous, vous avez compris ? Vous pouvez donc être docteur. » Un jeune homme de l’assistance se lève : « Moi, moi j’ai compris ! Je veux être docteur ! ». Le comédien lui cède sa blouse et le garçon reprend la leçon, aidé par les clowns. Un enfant à la culotte déchirée, des carottes dans les cheveux, cache ses rires derrière ses mains crasseuses. Les femmes en saris multicolores, voilées, se poussent du coude. Tous applaudissent à tout rompre. Salut final, les clowns reviennent sur scène, dansant et faisant des culbutes. Les enfants exultent, tapent dans leurs mains, certains se lèvent pour danser, se poussent les uns les autres pour monter sur scène.
Et, quand les comédiens se retirent en coulisses, deux gamins leur courent après, voulant retenir le charme.



 Dans une maison délabrée de Jaipur, un verre de tchaï à la main, Jean Pierre Besnard et Kamal Kishore racontent l’histoire de leur collaboration. C’est en 1996 que les chemins de ces deux philanthropes convaincus se croisent. Jean Pierre est directeur de la troupe toulousaine « Caravane » avec laquelle il promeut en France et partout dans le monde le théâtre-forum, une technique créée par le Brésilien : Augusto Boal. « Le but, c’est d’ouvrir le dialogue par le théâtre. Quand on joue dans les  bidonvilles on permet à ceux qui d’habitude n’ont pas la parole de s’ouvrir sur leurs difficultés ! Par l’intermédiaire du clown, on dévoile les problèmes et on cherche des solutions. Ainsi, on peut aborder ouvertement des thèmes tabous comme le sida, la violence conjugale ou la dépendance à l’alcool. ». Kamal, lui, est le fondateur de l’association Jan Kala Sahitya Manch Sanstha (JKSMS), une ONG qui, depuis 1983, vient au secours des enfants des rues. A ces bambins fugueurs, abandonnés ou orphelins qu’il recueille, il offre un toit, un suivi sanitaire, une formation professionnelle et, au bout de la route, la réadaptation sociale. Réduits en esclavage par la police ou la mafia, souvent jouets sexuels, toujours violentés, ces petits adultes au regard dur réapprennent l’enfance, retrouvent confiance. Et aujourd’hui, JKSMS peut s’enorgueillir d’avoir fondé 46 lieux d’accueil qui abritent plus de 1600 enfants.

De la rencontre de Kamal et de Jean Pierre naît la troupe indienne « Carvan ». Les comédiens sont d’anciens enfants des rues que Jean Pierre a formés aux techniques du théâtre-forum et qui donnent désormais des représentations partout dans le Rajasthan. Kamal confie :  « quand, après le spectacle, on sort du bidonville ou du village, on se dit « au moins, eux, ils savent. C’est une petite victoire». La grande victoire, c’est en juillet qu’ils l’ont remporté. Alors que les clowns jouent dans un Slum de Jaipur, des grosses cylindrées débarquent dans un nuage de poussière. Les gros bras qui en sortent sont envoyés par le parrain de la mafia locale qui entend bien garder les pauvres sous son autorité et chasser ces intrus de son territoire. C’est alors que les enfants et les femmes, imités ensuite par les hommes du bidonville, ramassent des pierres sur le sol et les lancent sur leurs oppresseurs. Kamal en est encore bouleversé : « C’est formidable, il ont forcé la porte de la liberté ! ». Et Jean Pierre de citer Augusto Boal : « Ayons le courage d’être heureux ».

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Published by jpbes - dans Témoignages
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