"Traverser la rue des autres...."
Vers la fin de chaque « rencontre autour du personnage du clown » Nous sortons Indiens et Français avec nos nez et nos habits de clown à la rencontre de la vie et de la population
locale
☻ Dans les rues au café « Kiran » et jardin public.
Les clowns sortent du théâtre en processionnant les uns derrière les autres.
Bientôt ils abordent la rue et se séparent. Les uns sortent en famille, papa maman et les deux petits. D’autres en bande de japonais disciplinés, appareil photo à a ceinture, caméra à l’épaule, traducteur à balais aux oreilles, suivent le guide. S’extasient à la demande. Prennent des lanternes pour des vessies et le défilé des vélos taxis pour une course de chars.
Là c’est un couple franco indien et d’autres individualités, électrons libres à la découverte de la ville.
Les gens commencent à s’assembler en foule de plus en plus compacte.
Arrive une voiture de police. Une Clowne se penche dans la voiture, par la
vitre ouverte. Saisissant l’incompréhension des policiers, son amie lui tend son gros téléphone rouge
(Un vrai, avec un vrai fil de téléphone, comme celui de la maison)
On arrive devant le musée, sur un grand rond point. La circulation ralentit puis se fige. Les voitures au garde à vous nous laissent le passage.
Notre famille Clowne est suivie par trois petites mendiantes. Les clowns se retournent et saluent les trois enfants de quelques profondes courbettes, jusqu’à toucher terre. Les gaminent surprises s’enfuient en riant. Elles reviennent au bout de quelques minutes,
Pépito et deux jolies clownettes s’en vont faire la manche avec elles. Ils se feront quelques roupies en faisant des « tours de magie » pour de riches promeneurs.
Mis pétunia aide un mendiant à se faire quelques sous en suppliant les promeneurs de mettre une roupie dans la petite casserole où ami promenait la photo de son dieu
préféré.
Faut dire que Pépito avait mis sa plus belle jupe, la rose, sur ses pantalons de cirque vert mandarine, il s’était fait une énorme paire de moustaches que n’auraient pas osé arborer le plus macho des râjasthâni. Il portait beau un gilet de sauvetage trop court, un nœud papillon énorme sur son tee-shirt échancré et sous son béret vert fièrement penché sur l’oreille gauche, un kéfir blanc et rouge noué vers l’arrière en queue de cheval. Il portait autour du cou un tuyau de douche avec son pommeau qui pendait à l’extrémité Bref de quoi s’émerveiller !
Elisabeth, elle, belle grande brune aux yeux de charbon noir, un bout de rideau vert pomme dans les cheveux, collants noirs (ajourés s’il vous plaît !) sous une jupe à volants, prise au dessus de la poitrine, Droite dans ses Santiag, elle poursuit de ses sourires un jeune indien à lunettes, tout gris, tout timide et tout bienheureux.
Il faut savoir qu’en Inde on ne se tient pas par la main, même fiancé, ce n’est pas correct, on ne s’embrasse pas, surtout pas ! Ce n’est pas permis par la culture ! Et même si on pouvait se permettre quelques attentions entre hommes et femmes, jamais une jeune fille ne pourrait se permettre de faire des avances à un garçon ! Alors, pourquoi est-ce que ça marche et que c’est possible quand c’est une Clowne qui se « déclare » ouvertement et en public en plus ?!
Elle tente de le séduire en soufflant dans son petit trombone miniature, mais en vain…
Elle abandonnera la partie quand un marchand de cigarettes lui demande de l’aider à vendre sa marchandise. La musique montrera là une bien meilleure efficacité. C’est le marchand lui-même qui s’était permis de l’appeler ! (Est-ce que c’est bien à la Clowne qu’il s’est permis de s’adresser ?!.. à l’Etrangère ?!... à la Rigolote ?!A qui ?)
Lala prend d’asseau un vélo et s’improvise driver pour dames.
Ce qui s’est passé durant cette heure de déambulation :
Les clowns ont essayé tous les moyens de locomotions rencontrés sur les deux ou trois kilomètres de l’aller retour du théâtre au jardin public. Une charrette tirée par un âne, un vélo taxi,
Ils ont aidé une vieille femme à porter son sac
d’herbe.
Un jeune handicapé à faire avancer son fauteuil roulant.
Vendu des glaces et des cigarettes
Fait la manche etc.
un autre jour suite
Au café du jardin. Quand les clowns s’assoient pour la
pose coca, c’est toujours un attroupement qui se forma autour d’eux. La population vient assister au spectacle que ne manquent pas de donner les »artistes »
Parfois, quand un clown solitaire passe par là, il se répand un grand
silence, le monde se fige, le temps se suspend, on attend l’événement. Qu’est ce que cet étrange personnage est donc venu faire ici. Et là c’est le
vrai miracle du clown. Ce qu’il va faire prend tout à coup un sens énorme, tout peut advenir. C’est la véritable fonction du spectacle, éclairer d’un coup de projecteur un petit coin du monde,
pour comprendre le sens du « Tout ».
Le pouvoir du clown, dès ce moment là et pour un petit instant seulement est immense. Il est au centre de l’univers et le public est suspendu à ce qu’il peut
révéler.
Qu’est-ce qu’il
fait ?
Il peut se contenter de faire une grosse farce.
IL peut prendre toute la lumière sur lui pour son propre salut.
Il peut créer du sens : prendre la main du petit mendiant et l’accompagner dans ses sourires, retrouver sa maman dans la foule, cueillir une fleur dans le pot de roses et la mettre en boutonnière
Trois clowns, tel les daltons indiens dévorent à dix mètres de distance les
« samosas » du boulanger. Ça a l’air tellement bon qu’on pourrait les accuser de grivèlerie Et c’est tellement savoureux
qu’ils s’en excusent auprès du vendeur. Je remarque que, sans faire exprès ils se sont coiffé de bonnets l’un bleu l’autre blanc et rouge pour le dernier.
Ils sont magnifiques et drapeau français!
Pankash la jeune indienne et Sophie fondent dans les bras accueillants d’une dame plantureuse et souriante. Elles viennent de se trouver une maman. Elles en reçoivent toutes les caresses et les baisers qu’elles sollicitent. Maman adoptive les serre contre sa poitrine. Un photographe s’approche et toutes les trois posent avec un large sourire.
Voilà un fort moment d’émotion pour les personnes qui jouent les clowns. On voit bien qu’il n’y a aucune tricherie chez les clownettes comme chez la « dame » qui fait la maman. Les bises sont de vrais baisers, Les trois visages et les corps enlacés expriment une joie profonde et vraie.
Une jeune française dans les bras d’une femme indienne qu’elle ne connaît que depuis quelques secondes. Une attention fraternelle et délicate de la Clownette indienne qui demande par geste à sa « nouvelle » maman de ne pas oublier de donner un baiser à sa soeur. Une femme indienne d’âge mûr qui joue , dans un lieu public très fréquenté, devant ses compatriotes et sa vrai famille à adopter sur le champs et avec autant de générosité, deux jeunes enfants inconnues …
Qui peut réaliser un tel miracle ? Si non : Les clowns !?
☻ La clownette Lolita, le
paysan et la jeune veuve
Au cours d’un voyage nous nous sommes arrêtés dans une campagne près de Jaipur. Lolita,
dans le bus s’était habillée en indienne, penjâbi jaune et foulard rose, des claquettes aux pieds. On croise un bonhomme d’indien d’un âge bien
certain qui dévisage lolita, la suit dans sa promenade et semble lui porter un grand intérêt. Lolita s’en aperçoit, jauge notre homme pour
reconnaître ses intentions. L’homme lui parut normal, simple et très sympathique. Après quelques instants d’approche, notre bonhomme apprivoisé est
prêt à jouer avec elle. Elle le précède, nettoie le chemin devant ses pas, lui chasse les moustique, écarte les branches et les gêneurs. Lui sert de guide et de dame de compagnie. L’homme s’en
amuse. Elle se met en miroir avec lui et tout deux passent quelques minutes à se lisser et à se friser les moustaches, imaginaires pour Lolita. Ils s’amusent tout deux à se faire des clins d’œil,
ils s’amusent à jouer ensemble.
Plus tard et dans un autre village, Lolita est invitée à prendre le thé dans une maison. Une jeune femme va se prendre d’amitié pour elle. Elle sort sa machine à coudre qu’elle enveloppe
soigneusement dans un linge et lu montre comment on s’en sert. Puis elle l’entraîne dans un recoin de la pièce qui lui sert de salon, jusque près
d’un foyer, un simple trou creusé à même le sol, qui lui sert de cuisinière. Là elle lui apprend à préparer le thé.
Leur amitié toute aussi instantanée que profonde les fait glisser petit à
petit dans une incroyable intimité.
La jeune femme lui raconte sa vie, ses malheurs, sort la photo de son mari, qu’elle cachait dans une veille boîte en carton qu’elle cachait dans sa chambre. Elle lui raconte que son mari est mort
d’un accident de mobylette deux années auparavant. Que la vie est dure sans lui, que le petit le réclame encore et qu’elle ne sait plus comment vivre ni comment faire avec tout ça. C’est touchant
de les voir si proches, complices jusqu’à l’émotion, elles qui ne se connaissaient pas une heure auparavant !
(Jean Pierre Besnard)
